République dominicaine, juin 2026 – Derrière les statistiques publiées par les autorités sanitaires dominicaines se cache une réalité beaucoup plus inquiétante pour Haïti. Alors que la République dominicaine reconnaît suivre médicalement plus de 21 600 ressortissants haïtiens vivant avec le VIH sur son territoire, la poursuite des expulsions massives soulève de sérieuses interrogations sur les conséquences humanitaires et sanitaires de cette politique.
Selon les données officielles, les Haïtiens représentent 96,6 % des patients étrangers enregistrés dans le système dominicain de prise en charge du VIH. Un chiffre qui témoigne non seulement de l’importance de la communauté haïtienne vivant en territoire voisin, mais aussi de sa forte dépendance à des traitements médicaux réguliers et continus.
Pour plusieurs défenseurs des droits humains, le problème ne réside pas dans ces statistiques elles-mêmes, mais dans le traitement réservé aux migrants haïtiens. Depuis plusieurs années, des organisations internationales dénoncent des arrestations arbitraires, des expulsions collectives, des séparations familiales ainsi que des cas présumés de violences physiques et sexuelles visant des migrants en situation de vulnérabilité.
La question devient encore plus préoccupante lorsqu’elle touche des personnes atteintes de maladies chroniques nécessitant un suivi médical constant. L’interruption des traitements antirétroviraux peut entraîner de graves complications médicales, favoriser le développement de résistances aux médicaments et compromettre des années d’efforts dans la lutte contre le VIH.
Pour Haïti, le danger est double. D’un côté, le pays fait face à l’effondrement de plusieurs structures sanitaires sous l’effet de l’insécurité armée, de la crise économique et du manque chronique de ressources. De l’autre, il risque de devoir absorber un nombre croissant de personnes expulsées nécessitant des soins spécialisés alors même que de nombreux centres de santé peinent déjà à répondre aux besoins de la population locale.
Des professionnels de la santé craignent qu’en l’absence d’un mécanisme de coordination entre les deux pays, certains patients expulsés ne se retrouvent brutalement privés de médicaments, de suivi biologique et d’accompagnement médical. Une telle situation pourrait non seulement mettre leur vie en danger, mais également compliquer davantage la lutte contre l’épidémie dans un pays déjà fragilisé par de multiples crises.
Plusieurs observateurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme une contradiction des autorités dominicaines : d’un côté, elles mettent en avant leur engagement dans la prise en charge du VIH ; de l’autre, elles poursuivent des politiques migratoires qui pourraient interrompre le traitement de milliers de personnes vulnérables.
Dans une île où les populations circulent quotidiennement d’un côté à l’autre de la frontière, les spécialistes rappellent qu’aucune réponse durable au VIH ne peut être fondée sur la stigmatisation, les expulsions ou l’exclusion. Selon eux, seule une coopération sanitaire réelle entre Port-au-Prince et Santo Domingo permettra d’éviter qu’une crise migratoire ne se transforme en catastrophe sanitaire régionale.
Alors qu’Haïti tente déjà de faire face à l’insécurité des gangs, aux déplacements massifs de population et à l’effondrement de nombreux services publics, le retour forcé de milliers de personnes dépendantes de traitements médicaux pourrait constituer un défi supplémentaire dont les conséquences restent encore largement sous-estimées.

