Le Fonds national de l’éducation (FNE) semble être, une fois de plus, au cœur des tractations politiques en Haïti. Selon des informations publiées le 12 août par le compte Satellite509, le parti « Les Engagés pour le Développement » (EDE), dirigé par Claude Joseph, aurait pris l’avantage sur l’ancien président Michel Joseph Martelly dans la lutte pour le contrôle de la direction générale de cette institution.
Ces informations font suite au Conseil des ministres du 11 août 2026, au cours duquel Jefnie Toussaint aurait été désignée pour remplacer Elysé Collagène à la tête du FNE.
Au-delà de cette nomination, c’est surtout le rapport de force politique qui interpelle.
D’après Satellite509, Michel Martelly aurait tenté de placer un ancien député à la tête du FNE, une démarche qui n’aurait finalement pas abouti. De son côté, l’EDE aurait réussi à imposer son choix auprès du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
La publication rappelle également que le parti de Claude Joseph est signataire du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, et qu’il cherchait à obtenir une place plus importante au sein du pouvoir en place.
En d’autres termes, dans un pays où chaque nomination importante est rapidement passée au crible de l’analyse politique, le FNE ne fait pas exception.
Le FNE, un fonds qui ne laisse personne indifférent
Le Fonds national de l’éducation n’est pas une structure administrative mineure ou dénuée d’enjeux. Il représente des ressources destinées au financement de l’éducation et intervient dans un secteur où les familles haïtiennes continuent de supporter une lourde charge financière.
Le FNE possède également une histoire politique particulière. Son développement est étroitement lié à l’administration de Michel Martelly et de Laurent Lamothe, qui avaient fait de son financement un élément clé de leur politique éducative.
Au fil des ans, toutefois, la gestion du Fonds a suscité de nombreuses interrogations et critiques concernant la transparence, l’utilisation des ressources et la nécessité d’un contrôle plus rigoureux. Des accusations de corruption avaient notamment été formulées en 2024 à l’encontre de la direction du FNE, accusations que les personnes mises en cause ont contestées. C’est précisément pour cette raison que la nouvelle bataille autour de cette orientation mérite une attention particulière.
S’agit-il encore d’éducation ou de politique ?
La question est simple, mais troublante : qui veut réellement contrôler le FNE et pourquoi ?
Si la nomination de Jefnie Toussaint est officiellement confirmée, le gouvernement devra expliquer clairement les critères ayant conduit à ce choix. S’agit-il de son expérience professionnelle ? De sa compétence dans les domaines de l’éducation et de la gestion ? D’un choix administratif ? Ou du résultat d’un compromis politique entre différentes forces cherchant chacune à obtenir sa part d’influence ?
Car le peuple haïtien a déjà vu des institutions publiques devenir des récompenses distribuées aux partis politiques et aux alliés.
Le FNE doit avant tout répondre aux besoins des enfants, des enseignants, des écoles et des familles. Les millions collectés au nom de l’éducation ne peuvent se transformer en un simple jeu de pouvoir entre anciens dirigeants, partis politiques et responsables gouvernementaux.
Et dans ce cas, le parti EDE, tout comme les autres acteurs politiques, devra accepter une exigence fondamentale : la transparence.
Si Jefnie Toussaint prend effectivement les rênes du FNE, les premières questions à poser seront les suivantes : quel sera son plan pour l’institution ? Quels résultats peut-on en attendre ? Et surtout, quelles garanties seront apportées pour éviter que les fonds destinés à l’éducation ne servent, une fois de plus, les intérêts politiques de ceux qui détiennent le pouvoir ?
En Haïti, les changements de directeurs sont fréquents. Les changements de système, beaucoup moins.
Le véritable test ne sera donc pas la victoire d’EDE sur Martelly dans une bataille de nominations. Le véritable enjeu sera de savoir si le FNE deviendra enfin une institution au service de l’éducation, plutôt qu’un nouveau terrain de conquête politique.

