Samedi 29 août 2026 – La visite de l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant au Cap-Haïtien ne s’est pas déroulée comme prévu. Quelques heures après avoir participé au lancement de la plateforme politique « Viktwa », l’ancien chef du gouvernement a été accueilli par des cris et des huées d’une partie de la population. La situation s’est rapidement tendue, obligeant la police et les agents de sécurité à intervenir pour lui permettre de quitter les lieux.
Jean-Henry Céant se trouvait dans la deuxième ville du pays dans le cadre du lancement de « Viktwa », une nouvelle plateforme politique regroupant 52 partis et organisations. Parmi les personnalités associées à cette initiative figurent notamment Wilner Joseph, Pascal Adrien et Jean-Henry Céant. Mais au moment de son départ, l’ancien Premier ministre s’est retrouvé face à une foule visiblement mécontente. Certaines personnes l’ont pris à partie et pris en chasse, dans une scène qui aurait pu davantage dégénérer sans l’intervention des forces de sécurité.
L’incident s’est produit alors que le pays se préparait à une nouvelle période électorale. Comme c’est souvent le cas en Haïti à l’approche des élections, les alliances se multiplient et les personnalités politiques cherchent à retrouver leur place dans l’espace public. Mais cette fois, le retour de certaines figures de l’ancien pouvoir n’a pas nécessairement suscité l’enthousiasme escompté. Une partie de la population manifeste, au contraire, une lassitude de plus en plus visible face aux promesses politiques répétées au fil des ans.
Jean-Henry Céant connaît déjà bien les rouages du pouvoir. Il avait été nommé Premier ministre en septembre 2018, à une période particulièrement difficile pour le pays. Son passage à la Primature n’a duré que quelques mois. Le 18 mars 2019, la Chambre des députés a voté une motion de censure contre son gouvernement, mettant officiellement fin à son mandat. Il a ensuite été remplacé par Jean-Michel Lapin, initialement désigné comme Premier ministre par intérim.
À cette époque, Haïti traversait déjà une profonde crise politique et sociale. L’insécurité, la dégradation du niveau de vie et la perte de confiance envers les institutions alimentaient la colère au sein de plusieurs secteurs de la société. Sept ans plus tard, alors que Jean-Henry Céant revient sur le devant de la scène politique, le pays est de nouveau confronté à de nombreuses difficultés et à une population particulièrement méfiante à l’égard des dirigeants politiques.
Le lancement de « Viktwa » visait à transmettre le message d’une nouvelle dynamique politique. Avec 52 formations réunies sous une même bannière, la plateforme entend se positionner en vue des prochaines échéances électorales. Toutefois, l’accueil réservé à Jean-Henry Céant au Cap-Haïtien jette déjà une ombre sur cette démonstration d’unité.
Pour de nombreux observateurs, cette scène reflète surtout le fossé qui ne cesse de se creuser entre une partie de la classe politique et la population. Les citoyens ont vu défiler plusieurs gouvernements, coalitions et campagnes électorales, souvent accompagnés des mêmes promesses de changement. Pourtant, dans la rue, les problèmes demeurent inchangés : insécurité, chômage, pauvreté, difficultés économiques et absence de réponses durables aux crises qui frappent le pays.
La réaction observée au Cap-Haïtien ne saurait donc être réduite à un simple incident survenu lors d’une activité politique. Elle révèle également une colère et une frustration qui dépassent la personne même de Jean-Henry Céant. À l’approche des élections, les dirigeants politiques devront désormais composer avec une population bien moins encline à croire aux discours et aux nouveaux slogans.
Jean-Henry Céant a finalement pu quitter les lieux grâce à l’intervention de la police et de son équipe de sécurité, sans subir d’agression physique. Mais les images de cet événement resteront comme un avertissement pour les acteurs de « Viktwa » et, plus largement, pour l’ensemble de la classe politique haïtienne : à une époque où les citoyens réclament des changements concrets, revenir avec les mêmes visages et de nouvelles alliances ne suffit plus à gagner leur confiance.


