Le communiqué publié par le Premier ministre donne l’impression d’un État qui aurait déjà repris le contrôle du pays : « réaffirmer l’autorité de l’État », « redonner de l’espoir », « préparer l’avenir démocratique ». Sur le papier, les mots sont beaux. Mais pour de nombreux Haïtiens, la réalité quotidienne est bien plus brutale.
Du 13 au 15 août 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé effectuera une tournée dans le Grand Sud, avec des étapes annoncées à Aquin, Camp-Perrin, Les Cayes et Petit-Goâve. Le programme prévoit notamment plusieurs inaugurations dans le secteur de l’éducation ainsi que des rencontres avec des autorités locales et des acteurs du secteur privé.
Mais au moment même où le Premier ministre affirme que « l’État doit être présent », une question simple se pose : présent où, et avec quelle autorité ?
Quelques heures seulement avant ce communiqué triomphaliste, Gressier, dans le département de l’Ouest, offrait encore le visage d’un État en difficulté. Le mercredi 12 août 2026, le commissariat de police de la ville, réparé le 10 mai 2026, a été incendié. Le magistrat municipal Vilima Alphonse, nommé par arrêté le 7 février 2026, a lui-même été aperçu en train de fuir dans une vidéo devenue virale.
C’est là une réalité que les communiqués officiels ne peuvent effacer.
Alors que le Premier ministre parle de rétablissement de l’autorité publique, les populations vivent sous la menace de groupes armés, les autorités locales sont contraintes à la fuite et certains territoires échappent au contrôle effectif de l’État. Ce contraste devrait inciter le gouvernement à la modestie plutôt qu’aux grandes déclarations.
Des écoles inaugurées, mais un État incapable de protéger ses institutions
Inaugurer une école est une bonne chose. Construire une école est nécessaire. Mais le peuple haïtien ne peut se nourrir uniquement de cérémonies, de rubans coupés et de communiqués.
À quoi bon inaugurer des infrastructures si l’État ne peut garantir la sécurité aux abords de celles-ci ? À quoi sert de parler de stabilité lorsqu’un commissariat fraîchement rénové peut être incendié ? Et comment demander aux citoyens de croire en des élections « libres et crédibles » alors que des zones entières sont en proie à la violence armée ?
Le gouvernement doit répondre à ces questions au lieu de les éluder par des formules rassurantes.
Le communiqué du Premier ministre affirme que « l’État avance ». Pour les familles déplacées, les commerçants ayant perdu leur entreprise, les résidents qui ne peuvent plus circuler librement et les fonctionnaires travaillant sous la menace, cette phrase a bien du mal à passer pour une réalité.
L’État avance peut-être dans les communiqués. Sur le terrain, beaucoup d’Haïtiens ont plutôt le sentiment de régresser.
Le 13 décembre ne doit pas devenir un simple slogan
Le communiqué évoque également la préparation d’élections démocratiques, libres et crédibles. Le premier tour est désormais annoncé pour le 13 décembre 2026.
Mais une élection ne se résume pas à une date inscrite sur un calendrier. Il faut un territoire sécurisé, des électeurs capables de se déplacer, des candidats libres de faire campagne, des bureaux de vote accessibles et une administration publique en état de fonctionner.
Avant de promettre aux Haïtiens des élections libres et crédibles, il convient de leur garantir la liberté de circuler, de travailler, de scolariser leurs enfants et de dormir sans craindre la violence.
Le Grand Sud mérite assurément des écoles, des investissements et la présence de l’État. Mais Haïti, dans son ensemble, mérite avant tout un État capable de protéger ses citoyens et de défendre son territoire.
Car entre les belles phrases du communiqué de presse et les images de Gressier, où un magistrat municipal tente de sauver une vie, il existe un fossé que le gouvernement ne saurait combler par des mots.
Le peuple haïtien n’a plus besoin qu’on lui dise que l’État est là. Il veut le voir. Il veut le sentir. Et surtout, il veut pouvoir compter sur lui.



