À quelques mois des élections annoncées en Haïti, le gouvernement souhaite examiner de plus près les flux financiers gravitant autour des candidats et des campagnes électorales. Dans une circulaire datée du 12 août 2026, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, a demandé à la direction de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) de renforcer la surveillance des mouvements de fonds liés au processus électoral.
Cette directive vise particulièrement les dons importants, les transactions bancaires ainsi que les financements potentiels issus d’activités criminelles ou illégales. L’objectif affiché est clair : empêcher que des fonds d’origine douteuse ne s’infiltrent dans les campagnes et ne servent à financer des candidats ou des structures politiques.
Selon cette circulaire, tout don d’un montant égal ou supérieur à 250 000 gourdes doit être effectué par chèque ou par virement bancaire, afin de laisser une trace vérifiable de la transaction.
Les transactions jugées suspectes ou irrégulières doivent, quant à elles, être transmises au parquet pour les suites prévues par la loi.
Cette décision intervient dans un contexte où la question du financement politique demeure particulièrement sensible en Haïti. Car contrôler les fonds de campagne sur le papier est une chose ; être réellement en mesure d’en identifier l’origine et de sanctionner ceux qui utilisent des fonds douteux en est une autre.
Le véritable défi pour l’UCREF ne consistera donc pas uniquement à surveiller les chèques et les virements. Il faudra avoir le courage d’aller jusqu’au bout de la démarche, même lorsque les fonds suspects pourraient provenir de personnes puissantes, de réseaux influents ou de personnalités politiques.
À l’approche des élections, le contrôle du financement de la campagne ne doit pas se réduire à une simple formalité administrative. L’argent d’origine criminelle ne doit pas permettre d’acheter des candidats, d’influencer les électeurs ou de contribuer à porter au pouvoir ceux qui disposent des moyens financiers les plus importants.
La circulaire de Patrick Pélissier impose ainsi une exigence majeure à l’UCREF : surveiller, enquêter et, surtout, transmettre les dossiers en cas de soupçons sérieux.
Reste à savoir si cette volonté se traduira par des contrôles et des poursuites réellement indépendants lorsque des irrégularités seront avérées. Car en matière électorale, l’argent peut être tout aussi dangereux que les armes : l’un achète le pouvoir, l’autre impose la peur.


