C’est une information qui devrait interpeller chaque famille haïtienne. Alors que l’accès à l’eau potable reste difficile pour une grande partie de la population, une étude réalisée par le ministère du Commerce et de l’Industrie révèle des niveaux de contamination bactériologique particulièrement préoccupants dans plusieurs catégories d’eau traitée vendues dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
L’étude a porté sur 109 échantillons prélevés entre août 2025 et janvier 2026. Les résultats sont loin d’être rassurants.
Selon les données présentées, 6,7 % des eaux en bouteille analysées étaient contaminées. Pour les eaux vendues en sachet, le chiffre atteint 92,6 %. Il monte à 96,9 % pour les eaux provenant des kiosques et des camions-citernes. Plus inquiétant encore, 100 % des échantillons d’eau conservés dans des récipients de 5 gallons testés présentaient une contamination bactériologique.
Ces chiffres ne signifient évidemment pas que toutes les marques d’eau disponibles en Haïti sont contaminées. Mais ils soulèvent une question beaucoup plus grave : qui contrôle réellement la qualité de l’eau que les familles haïtiennes consomment chaque jour ?
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, affirme avoir pris contact avec plusieurs producteurs. Certains responsables auraient expliqué que des employés ne respecteraient pas toujours les doses nécessaires de produits utilisés pour traiter l’eau, certains se plaignant notamment d’irritations aux yeux.
Mais cette explication soulève à son tour d’autres questions.
Comment peut-on laisser un employé décider de la quantité d’un produit nécessaire au traitement de l’eau destinée à la consommation humaine ? Où sont les contrôles ? Où sont les inspections ? Où sont les sanctions lorsque les normes sanitaires ne sont pas respectées ?
Dans un pays où l’eau potable est déjà une denrée difficile d’accès, les familles n’ont souvent pas d’autre choix que d’acheter de l’eau en sachet, en bouteille ou en gallon. Elles paient donc pour un produit qu’elles considèrent comme sûr.
Le consommateur ne devrait pourtant pas avoir à choisir entre mourir de soif et prendre le risque de tomber malade en buvant de l’eau achetée avec son propre argent.
Derrière ces pourcentages, il y a des enfants, des personnes âgées, des familles entières. Il y a des parents qui achètent quotidiennement de l’eau avec leurs maigres revenus, convaincus qu’ils protègent leurs proches.
Cette étude devrait donc pousser les autorités à aller au-delà des déclarations. Il faut identifier les établissements concernés, renforcer les inspections, publier les résultats des contrôles et sanctionner ceux qui mettent la santé des consommateurs en danger.
Car une question demeure : si l’État découvre de tels niveaux de contamination, combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que des mesures concrètes soient prises ?
L’eau est la base de la vie. En Haïti, elle ne devrait jamais devenir une nouvelle menace pour la population.
Les Haïtiens ont déjà assez de problèmes pour ne pas avoir, en plus, à se demander si l’eau qu’ils boivent est réellement potable.



