Un nouveau chapitre s’ouvre dans l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de ces dernières années. La Cour d’appel de Port-au-Prince a confirmé, ce mardi 21 juillet 2026, le renvoi de Magalie Habitant, Prophane Victor et Elionor Devallon devant le tribunal criminel siégeant sans assistance de jury. Les trois anciens hauts responsables devront répondre de graves accusations liées à leurs présumées relations avec des groupes armés qui alimentent depuis plusieurs années la spirale de violence en Haïti.
Cette décision met fin à plusieurs mois de comparutions et de débats devant la Cour d’appel. Les juges ont estimé que les éléments réunis au cours de l’instruction sont suffisants pour que l’affaire soit examinée par une juridiction criminelle, où les accusés auront l’occasion de faire valoir leur défense.
Parmi les personnes concernées figure Prophane Victor, ancien député, arrêté le 12 janvier 2025à Pétion-Ville lors d’une opération menée par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir entretenu des liens avec des groupes armés et d’avoir participé à un réseau d’acquisition illégale de munitions destinées à alimenter ces organisations criminelles.
Quelques jours plus tôt, le 9 janvier 2025, Magalie Habitant, ancienne directrice générale du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), avait été interpellée à Laboule, également par des agents de la DCPJ. Elle est poursuivie pour association de malfaiteurs et financement présumé de gangs armés. Son arrestation avait provoqué une onde de choc dans l’opinion publique, tant en raison de son parcours politique que de la gravité des accusations portées contre elle.
Le nom d’Elionor Devallon figure lui aussi dans ce dossier, les autorités estimant que son implication présumée mérite un examen approfondi devant la justice criminelle.
Au-delà du sort réservé aux trois accusés, cette décision relance le débat sur les liens présumés entre certains acteurs politiques, anciens élus et responsables de l’administration publique avec les groupes armés qui contrôlent aujourd’hui de larges portions du territoire national. Depuis des années, de nombreux rapports nationaux et internationaux dénoncent l’existence de complicités ayant permis aux gangs de se procurer armes, munitions, ressources financières et protection.
Le procès à venir pourrait ainsi constituer un test majeur pour le système judiciaire haïtien. Une partie de la population attend que la justice démontre qu’aucune fonction politique ni aucun statut social ne peuvent faire obstacle à la reddition de comptes lorsque des soupçons aussi graves sont soulevés.



