Ce samedi 19 septembre 2026, une affaire de détournement présumé de fonds publics met à rude épreuve la gouvernance municipale de Tabarre. Au cœur du dossier : des indemnités versées par l’État haïtien à des propriétaires dont les maisons, situées dans la zone dite « Fil Aéroport », ont été démolies pour des raisons de sécurité liées aux activités de l’aéroport international. Ce qui devait constituer une mesure de réparation pour les familles privées de leurs biens est aujourd’hui au centre d’une procédure judiciaire et de graves accusations visant notamment le président de la commission municipale, Arsonval Alexandre.
Selon les témoignages recueillis auprès de plusieurs personnes se présentant comme des victimes, un mécanisme frauduleux aurait été mis en place lors du traitement de certains dossiers d’indemnisation. Les plaignants accusent notamment le responsable municipal d’avoir agi avec le soutien d’un cabinet présenté comme un cabinet d’avocats , dont la légitimité est contestée , afin de détourner une partie des sommes destinées aux bénéficiaires.
Un cas cité dans le dossier illustre l’ampleur des accusations. Pour une indemnisation dont le montant avait été fixé à 10 733 000 gourdes, une victime a affirmé n’avoir finalement perçu que 6 000 000 de gourdes. La différence, soit 4 733 000 gourdes, demeure au cœur des interrogations et des poursuites judiciaires engagées par les plaignants.
Face à ces faits allégués, les citoyens Ernso Pierre et Etienne Makengson ont saisi la justice. Leurs plaintes sont enregistrées sous les numéros 0091/26 et 052/26. Suite à un réquisitoire introductif d’instance du commissaire du gouvernement en date du 26 mars 2026, le juge d’instruction du tribunal de première instance de la Croix-des-Bouquets, le magistrat Hugues Sylvain, a été saisi du dossier.
Compte tenu de la dimension financière et technique de l’affaire, le juge Sylvain a sollicité, le 27 avril 2026, l’intervention de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) afin d’examiner les aspects financiers et administratifs du dossier. Le 8 mai 2026, la direction de l’ULCC aurait obtenu un délai supplémentaire de 60 jours pour mener à bien ses travaux et transmettre ses conclusions.
Toutefois, au 19 septembre 2026, ces conclusions ne seraient toujours pas parvenues au juge, selon les informations communiquées dans le cadre du dossier. Le délai supplémentaire accordé à l’institution ayant expiré il y a plusieurs semaines, le silence entourant cette expertise alimente désormais les interrogations des plaignants et des personnes concernées.
La question devient alors incontournable : qu’est-ce qui explique ce retard dans la production du rapport de l’ULCC ? S’agit-il d’un problème administratif, de difficultés techniques liées à l’examen du dossier ou d’un autre facteur n’ayant pas encore été porté à la connaissance du public ? À ce stade, certains observateurs estiment que l’ULCC chercherait à protéger le responsable municipal.
L’enjeu dépasse la simple confrontation entre les plaignants et l’administration municipale. Il concerne directement la gestion des fonds publics destinés à indemniser les citoyens ayant perdu leur logement. Toute irrégularité dans la distribution de ces sommes, si elle venait à être établie par la justice, soulèverait de graves questions quant à la protection des bénéficiaires et à la responsabilité des différents acteurs impliqués dans le processus.
Dans ce contexte, les regards se tournent également vers les autorités gouvernementales. Certains acteurs réclament déjà des mesures à l’encontre d’Arsonval Alexandre, allant jusqu’à exiger le limogeage du responsable de la commission municipale de Tabarre pendant la poursuite de la procédure judiciaire. Toutefois, une telle mesure relève des autorités compétentes et doit être distinguée d’une éventuelle conclusion judiciaire concernant une responsabilité pénale.




