Un nouveau palier vient d’être franchi dans la dégradation des relations entre le Brésil et Israël. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a officiellement refusé d’accréditer l’ambassadeur désigné par Tel-Aviv, plongeant les relations diplomatiques bilatérales dans une zone de turbulences sans précédent depuis des décennies.
Un geste rare et lourd de conséquences
Cette décision, révélée par des sources proches du gouvernement brésilien, marque un tournant inhabituellement ferme dans la politique étrangère de Lula, généralement favorable au dialogue. En refusant d’accepter l’arrivée d’un nouvel ambassadeur israélien sur le sol brésilien, Brasília envoie un message politique fort, mais non sans risque.
Selon des diplomates familiers du dossier, le choix du gouvernement brésilien est directement lié à la position israélienne vis-à-vis des critiques publiques formulées par Lula plus tôt cette année. Le président brésilien avait alors qualifié les actions militaires menées par Israël dans la bande de Gaza de « génocide », provoquant une onde de choc dans les cercles diplomatiques.
Une rupture déjà amorcée
La réaction du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ne s’était pas fait attendre. Il avait immédiatement déclaré Lula persona non grata, une mesure rare envers un chef d’État, qualifiant ses propos de « honteux » et « indignes d’un dirigeant d’un pays démocratique ».
Depuis, les relations entre les deux nations se sont rapidement dégradées. Le ton s’est durci, les échanges se sont raréfiés, et désormais, les relations officielles entre Brasília et Tel-Aviv sont ramenées à un niveau inférieur – un euphémisme diplomatique pour désigner un état de quasi-rupture.
Lula, une voix du Sud global
Ce n’est pas la première fois que Lula prend position de manière tranchée sur des questions internationales. Figure emblématique de la gauche latino-américaine, il s’est imposé depuis son retour au pouvoir en 2023 comme l’un des porte-voix du Sud global, n’hésitant pas à critiquer ce qu’il perçoit comme des doubles standards dans les réponses internationales aux conflits.
Pour Lula, la question palestinienne est aussi symbolique qu’idéologique : elle incarne, selon lui, le combat contre l’impunité et pour une répartition plus juste du pouvoir sur la scène mondiale.
« Le monde ne peut pas continuer à fermer les yeux sur la souffrance d’un peuple privé de ses droits », avait-il déclaré lors d’un sommet des BRICS, en mars 2025, sans mentionner directement Israël mais en laissant peu de doute sur la cible de ses propos.
Une fracture durable ?
Le refus d’un ambassadeur est un acte diplomatique lourd. Il ne s’agit pas simplement d’un désaccord politique, mais d’un signal clair de désapprobation institutionnelle. Dans les faits, cela gèle pratiquement les relations bilatérales, limite la coopération technique et rend impossible tout dialogue de haut niveau.
La réaction d’Israël, qui pourrait aller jusqu’à rappeler son chargé d’affaires ou à prendre des mesures similaires envers le Brésil, est très attendue. Du côté brésilien, aucun commentaire officiel n’a été émis pour le moment, mais plusieurs responsables affirment en privé que la décision « n’est pas réversible à court terme ».
Une diplomatie de convictions
Alors que d’autres pays d’Amérique latine, comme la Colombie ou le Chili, ont également haussé le ton ces derniers mois à l’égard d’Israël, le Brésil, par son poids géopolitique et économique, donne une nouvelle ampleur à cette fracture.
Certains analystes y voient un réalignement progressif de l’Amérique latine sur des positions plus critiques envers l’Occident traditionnel. D’autres estiment que Lula joue un jeu risqué en misant sur une diplomatie de principe qui pourrait lui coûter des soutiens internationaux, notamment au sein de forums multilatéraux.
- Gaza : Depuis l’intensification de l’offensive israélienne en 2023, plus de 35 000 Palestiniens auraient été tués selon les autorités locales, un chiffre contesté par Israël.
- Relations bilatérales : Le Brésil a longtemps entretenu des relations cordiales avec Israël, notamment sous les gouvernements précédents, y compris celui de Jair Bolsonaro, un allié déclaré de Netanyahou.
Cette crise pourrait encore évoluer rapidement. D’ici là, l’absence d’un ambassadeur israélien accrédité à Brasília reste le symbole tangible d’une fracture diplomatique aussi profonde que politique.



