À un peu plus d’un mois de la rentrée scolaire fixée au lundi 7 septembre 2026, l’inquiétude grandit dans les foyers haïtiens. Alors que le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Déméro, a officiellement annoncé cette date le 31 juillet 2026, lors d’une journée d’échanges organisée à l’hôtel Karibe, à Pétion-Ville, de nombreux parents dénoncent une réalité bien différente de celle présentée dans les discours officiels.
Sur le terrain, ce n’est pas la préparation de la rentrée qui préoccupe les familles, mais l’explosion des frais de scolarité. Plusieurs établissements privés ont revu leurs tarifs à la hausse, malgré une crise économique et sécuritaire qui plonge des milliers de familles dans la détresse.
Les critiques sont particulièrement vives à l’égard de Saint-Louis de Bourdon, où les nouvelles grilles tarifaires provoquent colère et découragement.
Selon plusieurs parents, les frais de la 8e année fondamentale, qui s’élevaient à 120 000 gourdes, passent désormais à 170 000 gourdes, soit une augmentation de 50 000 gourdes. La situation est encore plus préoccupante pour la NS-1, dont les frais grimpent de 120 000 à 190 000 gourdes, une hausse de 70 000 gourdes. Les autres niveaux connaissent également des augmentations importantes, dénoncent plusieurs familles.
Pour beaucoup de parents, cette flambée des coûts ressemble à une véritable condamnation.
Comment demander à des parents déplacés par les violences des groupes armés, à des commerçants qui ont perdu leur activité, à des artisans dont les ateliers ont été pillés ou détruits, à des fonctionnaires en difficulté et à des milliers de chômeurs de supporter de telles augmentations ?
Selon les dernières données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1,46 million de personnes vivent aujourd’hui en situation de déplacement interne à cause de la violence des groupes armés. Derrière ce chiffre se cachent des familles qui ont tout perdu : leur maison, leur emploi, leurs économies et parfois même leurs proches. Dans ce contexte, la hausse des frais scolaires apparaît pour beaucoup comme un nouveau coup porté à des parents déjà à bout.
Depuis plusieurs années, le MENFP annonce régulièrement des programmes de soutien et de subventions destinés à faciliter l’accès à l’éducation. Pourtant, de nombreux parents affirment n’avoir jamais bénéficié concrètement de ces mesures. Ils se demandent où vont réellement ces aides et pourquoi elles ne se traduisent pas par une baisse ou au moins une stabilisation des frais de scolarité.
Le silence du ministre Vijonet Déméro face à ces augmentations alimente également les critiques.
Le ministère exerce-t-il un contrôle sur les établissements privés lorsqu’ils imposent de telles hausses ?
Existe-t-il un mécanisme de surveillance pour empêcher des augmentations qui dépassent les capacités financières des familles ?
À quoi servent les annonces de soutien à l’éducation si, au final, les parents continuent de supporter seuls des frais toujours plus élevés ?
À quelques semaines de la rentrée, de nombreuses familles vivent déjà un véritable cauchemar. Certaines confient qu’elles devront retirer un ou plusieurs enfants de l’école. D’autres envisagent de les inscrire dans un établissement moins coûteux, quand cela reste encore possible. Plusieurs parents disent même qu’ils ignorent totalement comment ils pourront réunir les centaines de milliers de gourdes exigées pour la prochaine année scolaire.
L’éducation est pourtant un droit fondamental, pas un privilège réservé aux familles les plus aisées. Si aucune mesure n’est prise pour freiner cette flambée des frais scolaires, des milliers d’enfants risquent d’être exclus du système éducatif non pas par manque de volonté, mais simplement parce que leurs parents n’ont plus les moyens de payer.
À quelques semaines de la rentrée du 7 septembre 2026, une question résonne dans de nombreux foyers haïtiens : le ministère de l’Éducation est-il encore le protecteur du droit à l’école ou le simple spectateur d’une hausse des frais qui condamne chaque année davantage d’enfants à rester à la maison ?



