Pendant des mois, les habitants de Mirebalais ont vécu dans la peur. Des familles ont fui leurs maisons, des commerces ont baissé leurs rideaux, les écoles ont été perturbées et des vies ont été brisées par la violence des groupes armés. Dans cette commune meurtrie, nombreux étaient ceux qui espéraient voir l’État enfin reprendre le contrôle.
Pourtant, la déclaration du maire Lochard Laguerre, ce dimanche 26 juillet 2026, laisse un goût amer.
À l’issue d’une cérémonie de désarmement, le maire a annoncé le retrait de toute protection du groupe Back-Up Feray, un groupe d’autodéfense qui, selon plusieurs habitants, avait été mis en place pour résister aux attaques du gang dirigé par Jeff Gwo Lwa.
Cette décision fait suite à la demande de Jeff Gwo Lwa, parmi les conditions de son départ de Mirebalais, de la disparition de Back-Up Feray. Dès lors, une question brûle toutes les lèvres : qui commande réellement à Mirebalais ? Les autorités de la République ou un chef de gang ?
Quand un criminel fixe les conditions et que les autorités les appliquent, nombreux sont ceux qui voient un signe de faiblesse.
Les habitants n’ont pas oublié les nuits passées sous les rafales d’armes automatiques, les familles déplacées, les enfants traumatisés, les personnes tuées ou contraintes d’abandonner tout ce qu’elles avaient construit.
Aujourd’hui, ces mêmes citoyens assistent à une scène qui les laisse perplexes : ce n’est pas l’État qui impose ses exigences aux gangs, mais un gang qui semble imposer les siennes à l’État.
Pourquoi a-t-il dû se soumettre à la demande d’un chef de gang avant d’accepter de quitter la commune ?
Si Back-Up Feray représentait un obstacle pour Jeff Gwo Lwa, pourquoi cette dissolution est-elle devenue une priorité avant même que justice ne soit rendue aux victimes ?
Demain, si un autre chef de gang exige le départ d’un commissaire, d’un juge ou d’un maire, devra-t-il lui aussi céder à ses exigences pour obtenir un répit temporaire ?
Les gangs criminels ne finiront-ils pas toujours par revenir dans la commune s’ils savent qu’ils ne rencontrent aucun obstacle ?
Ces questions dépassent le cas de Mirebalais ; elles touchent à l’autorité même de l’État.
Car lorsqu’une population voit les représentants de la République adapter leurs décisions aux exigences d’un groupe armé, la frontière entre négociation et capitulation devient difficile à discerner.
Les habitants de Mirebalais ne réclament pas des arrangements provisoires. Ils veulent retrouver leur liberté de circuler, de travailler et d’envoyer leurs enfants à l’école sans la peur des armes. Ils veulent que la loi soit la même pour tous, et non qu’elle soit dictée par celui qui détient le plus d’armes.
Aujourd’hui, une autre question demeure, peut-être la plus douloureuse : si les autorités doivent négocier avec des criminels pour rétablir la paix, cela ne traduit-il pas l’impuissance d’un État qui peine encore à imposer son autorité sur son propre territoire ?
Pour les habitants de Mirebalais, la paix reste une aspiration profonde. Mais une paix durable ne peut reposer uniquement sur des compromis avec ceux qui ont semé la terreur. Elle exige avant tout une justice crédible, des institutions solides et un État capable de protéger ses citoyens sans avoir à céder aux conditions de ceux qui ont choisi les armes.



