24 juillet 2026 – Pour des milliers d’Haïtiens qui souhaitent rejoindre le Grand Sud, le voyage commence désormais par une longue attente, souvent synonyme d’humiliation. À l’Autorité portuaire nationale (APN), des familles entières passent des heures, parfois toute une journée, sous un soleil de plomb dans l’espoir d’obtenir une place à bord d’un bateau. Beaucoup repartent sans embarquer et reviennent le lendemain pour revivre le même supplice.
Cette situation est la conséquence directe de l’insécurité qui paralyse la Route nationale numéro 2. Avec plusieurs tronçons sous l’influence de groupes armés, la voie maritime est devenue la seule option pour de nombreux habitants des départements du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes.
Sur place, les témoignages dressent un tableau inquiétant. Femmes enceintes, personnes âgées et enfants attendent pendant des heures dans des conditions éprouvantes. Certains voyageurs dénoncent des bousculades, des brutalités attribuées à des agents de sécurité, voire des tirs de sommation destinés à disperser la foule. D’autres affirment avoir dû payer jusqu’à 1 000 gourdes à des intermédiaires pour espérer accéder plus rapidement au port ou obtenir une place sur une embarcation.
Même après avoir franchi les barrières de l’APN, les difficultés ne s’arrêtent pas. Lorsque les bateaux arrivent tard dans la nuit, des dizaines de voyageurs dorment à même le sol, faute de pouvoir quitter les lieux en raison de l’insécurité qui règne aux alentours.
Cette crise remet également sous les projecteurs le nom de SteeveKhawly. En mars 2023, le gouvernement canadien lui avait imposé des sanctions pour son implication présumée dans des activités alimentant la violence en Haïti. Depuis plusieurs années, diverses enquêtes journalistiques évoquent également son nom dans des dossiers liés aux circuits de transport maritime entre Port-au-Prince et le Grand Sud, ainsi qu’à l’insécurité sur cet axe routier. Lui a toujours rejeté ces accusations.
Pendant que des milliers de citoyens vivent cette épreuve, de nombreuses voix s’élèvent pour interpeller le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison. Malgré les annonces répétées d’opérations contre les gangs et les moyens importants mobilisés pour restaurer la sécurité, les routes nationales demeurent largement impraticables pour une grande partie de la population.
Au-delà des promesses, les faits parlent d’eux-mêmes : des Haïtiens sont contraints de traverser la mer pour rejoindre une autre région de leur propre pays. Une réalité qui soulève une question fondamentale : comment parler de retour de l’autorité de l’État lorsque les citoyens ne peuvent plus circuler librement sur les routes nationales ?
Face aux nombreuses dénonciations de mauvais traitements et aux allégations de corruption à l’APN, plusieurs observateurs réclament l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur les conditions imposées aux voyageurs et d’établir les responsabilités.
Pour les milliers d’Haïtiens qui patientent chaque jour derrière les grilles de l’APN, il ne s’agit pas d’un privilège réclamé, mais d’un droit élémentaire : celui de voyager en sécurité et dans la dignité sur leur propre territoire.



