Port-au-Prince,22 juillet 2026/ Obtenir une Carte d’identification nationale (CIN) devrait être un droit garanti par l’État. Pourtant, pour des milliers d’Haïtiens, cette démarche administrative est devenue un véritable parcours du combattant. Entre les longues files d’attente, les retards interminables, les pannes à répétition et les frais illégaux exigés dans plusieurs bureaux, l’Office National d’Identification (ONI) traverse une crise qui ne cesse de miner la confiance de la population.
Depuis l’arrivée de l’ingénieur Reynold Guerrier à la tête de l’institution, les critiques continuent de se multiplier. Des citoyens, des organisations et des observateurs dénoncent un système qui peine à remplir sa mission première : délivrer rapidement et gratuitement la Carte d’identification nationale.
Dans plusieurs centres de l’ONI, notamment à Tabarre et à Croix-des-Bouquets, les témoignages se ressemblent. Des usagers affirment qu’il leur est demandé de verser entre 1 000 et 2 500 gourdes pour accélérer la production ou la réimpression de leur carte.
Le phénomène est devenu si courant que certains citoyens parlent désormais d’un “tarif parallèle” imposé à ceux qui veulent simplement exercer un droit garanti par la loi.
La situation est tout aussi préoccupante dans plusieurs villes de province. Aux Gonaïves, comme dans d’autres départements, les bureaux de l’ONI fonctionnent souvent avec un personnel insuffisant, des équipements limités et des ressources qui ne répondent pas aux besoins de la population. Les demandes s’accumulent, les dossiers s’entassent et les délais s’allongent.
Dans ce contexte, les intermédiaires prospèrent.
Chaque retard devient une occasion de monnayer un service qui devrait pourtant être gratuit.
Chaque panne devient une opportunité pour ceux qui profitent du désespoir des citoyens.
La question qui revient avec insistance est simple :
Que fait réellement la direction générale de l’ONI pour mettre fin à ces pratiques ?
Le directeur général Reynold Guerrier peut-il affirmer que tous les bureaux de l’institution fonctionnent aujourd’hui dans le respect des procédures administratives ?
Combien d’agents ont été suspendus ou sanctionnés pour corruption depuis sa prise de fonction ?
Combien d’enquêtes disciplinaires ont été ouvertes contre des employés accusés d’exiger des paiements illégaux ?
Existe-t-il un mécanisme permettant aux citoyens de dénoncer ces pratiques sans craindre des représailles ?
Une autre question mérite également d’être posée.
Comment le gouvernement peut-il parler d’organisation d’élections crédibles alors que des milliers de citoyens éprouvent encore d’énormes difficultés à obtenir leur principale pièce d’identité ?
La Carte d’identification nationale n’est pas un simple document administratif. Elle permet d’ouvrir un compte bancaire, d’effectuer des démarches officielles, d’accéder à certains services publics et, surtout, de voter.
Si l’accès à cette carte devient un privilège réservé à ceux qui peuvent payer des pots-de-vin ou qui disposent de relations, c’est tout le principe d’égalité devant le service public qui est remis en question.
Les dénonciations recueillies en 2025 et 2026 montrent que le problème ne se limite plus à quelques employés indélicats. Elles donnent l’impression d’un système où les dysfonctionnements répétés favorisent l’apparition d’un marché parallèle autour d’un document pourtant essentiel à la vie citoyenne.
Pendant ce temps, les usagers continuent d’attendre.
Certains perdent une opportunité d’emploi faute de pièce d’identité.
D’autres ne peuvent pas accomplir des démarches administratives urgentes.
Des étudiants voient leurs inscriptions retardées.
Des personnes âgées effectuent plusieurs déplacements coûteux sans jamais obtenir de réponse claire.
Face à cette situation, une interrogation devient inévitable :
L’ONI est-il victime d’un simple désordre administratif, ou assiste-t-on à un véritable sabotage d’une institution stratégique de l’État ?
Car une administration qui ne parvient plus à identifier rapidement ses citoyens fragilise l’ensemble des institutions républicaines.
Le directeur général Reynold Guerrier est aujourd’hui attendu sur des réponses concrètes, pas seulement sur des promesses. La population veut savoir quelles mesures seront prises pour mettre fin aux pots-de-vin, réduire les délais, sanctionner les agents impliqués dans des actes de corruption et rétablir un service digne de ce nom.
À défaut d’une réaction ferme, l’ONI risque de continuer à incarner l’image d’une administration où le droit du citoyen dépend moins de la loi que de sa capacité à payer, à patienter ou à connaître la bonne personne.


