Port-au-Prince, 20 juin 2026 — La crise énergétique haïtienne atteint un niveau particulièrement préoccupant. Selon les dernières évaluations des autorités de régulation du secteur, Électricité d’Haïti (EDH) ne parvient actuellement à produire qu’environ 40 mégawatts d’électricité pour l’ensemble du territoire national, une capacité largement insuffisante pour répondre aux besoins de plus de onze millions d’habitants.
Ce chiffre illustre l’ampleur du naufrage d’un secteur considéré depuis des décennies comme l’un des maillons les plus fragiles de l’administration publique. Dans plusieurs villes du pays, l’accès à l’électricité est devenu un luxe, tandis que des quartiers entiers peuvent passer des jours, voire des semaines, sans recevoir la moindre heure de courant.
Pour de nombreux citoyens, cette situation dépasse désormais le simple inconfort. Elle affecte directement les conditions de vie, la sécurité, l’éducation, les soins de santé et les activités économiques. Les petits commerçants, les ateliers de production, les boulangeries, les écoles et même certains centres de santé sont contraints de fonctionner à l’aide de génératrices coûteuses ou de réduire considérablement leurs activités.
Dans la région métropolitaine de Port-au-Prince comme dans plusieurs villes de province, les coupures prolongées aggravent également le sentiment d’abandon ressenti par une population déjà confrontée à l’insécurité, à l’inflation et à la détérioration des services publics.
Des spécialistes du secteur énergétique rappellent qu’une capacité de production aussi faible est loin de répondre aux besoins minimaux du pays. Ils soulignent que l’effondrement progressif des infrastructures, le manque d’investissements, les difficultés de maintenance, les pertes techniques et commerciales ainsi que les problèmes de gouvernance ont contribué à fragiliser davantage le réseau national.
Au fil des années, plusieurs gouvernements ont annoncé des plans de redressement, des projets de modernisation ou encore des investissements destinés à améliorer l’accès à l’électricité. Pourtant, sur le terrain, les résultats demeurent limités et les plaintes des consommateurs continuent de se multiplier.
Dans certains quartiers, les habitants affirment ne plus compter sur le réseau public et se tournent vers des solutions alternatives lorsque leurs moyens financiers le permettent. Pour les familles les plus modestes, l’obscurité est devenue une réalité quotidienne.
La faiblesse de la production électrique représente également un frein majeur au développement économique. De nombreux investisseurs hésitent à s’engager dans un environnement où l’accès à l’énergie demeure incertain, tandis que les entreprises déjà installées doivent supporter des coûts de fonctionnement élevés pour compenser les défaillances du réseau public.
Alors qu’Haïti cherche à relancer son économie et à améliorer les conditions de vie de sa population, la question énergétique apparaît plus que jamais comme un défi stratégique. Sans une augmentation significative de la production et une réforme profonde du secteur, plusieurs experts estiment que le pays risque de continuer à accumuler du retard dans des domaines essentiels à son développement.
Pour des milliers d’Haïtiens, la crise de l’électricité est devenue le symbole d’un État en difficulté à fournir des services fondamentaux. À peine 40 mégawatts pour tout un pays : un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur des défis qui restent à relever.



