PORT-AU-PRINCE, 8 juin 2026 — Lorsque le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé s’est installé à la tête du pays en décembre 2024, il avait promis de restaurer l’autorité de l’État, de combattre l’insécurité et de remettre Haïti sur les rails. Dix-huit mois plus tard, le paysage national offre un tableau sombre, marqué par la progression des groupes armés, l’effondrement de pans entiers de l’économie et l’aggravation de la crise humanitaire.
Jamais depuis plusieurs années le sentiment d’abandon n’a paru aussi profond dans une partie de la population. Des territoires entiers échappent toujours au contrôle effectif des autorités publiques. Des familles fuient quotidiennement les violences. Des milliers d’enfants voient leur avenir suspendu par l’insécurité et la fermeture répétée d’établissements scolaires.
Le chiffre des déplacés internes illustre à lui seul l’ampleur du drame humain. Plus de deux cent mille personnes ont été contraintes de quitter leur domicile pour chercher refuge dans des écoles, des églises ou des bâtiments publics transformés en abris de fortune. Derrière ces statistiques se cachent des vies brisées, des familles dispersées et une nation qui peine à protéger ses citoyens les plus vulnérables.
Sur le plan économique, les promesses de relance se heurtent à une réalité implacable. Le coût de la vie continue d’étrangler les ménages, tandis que l’activité économique demeure paralysée dans plusieurs régions du pays. Les investisseurs restent prudents, les entrepreneurs naviguent dans l’incertitude et les perspectives de croissance apparaissent fragiles.
À cette crise sécuritaire et sociale s’ajoute une crise de confiance. Une partie importante de la population ne juge plus le gouvernement à l’aune de ses intentions, mais à celle des résultats observables. Or, pour beaucoup de citoyens, les avancées promises tardent à se matérialiser.
Dans les rues, les marchés, les universités et les médias, le même constat revient avec insistance : Haïti semble prisonnière d’une succession de crises qui se nourrissent les unes des autres. L’insécurité fragilise l’économie. La faiblesse économique alimente la précarité sociale. La précarité nourrit à son tour l’instabilité.
L’héritage auquel est confronté le gouvernement est indéniablement lourd. Mais dix-huit mois après son installation, une question domine désormais le débat national : le pouvoir actuel dispose-t-il encore des moyens politiques, institutionnels et sécuritaires nécessaires pour inverser la trajectoire du pays ?
Car au-delà des chiffres et des discours officiels, c’est l’image d’une République épuisée qui se dessine. Une République où l’espoir peine à rivaliser avec la peur, où l’autorité de l’État est constamment mise à l’épreuve et où chaque jour qui passe renforce le sentiment d’urgence.
L’histoire jugera les dirigeants à leurs résultats. Et pour une grande partie de la population, le bilan des dix-huit derniers mois demeure associé à une période où Haïti a continué de s’enfoncer dans l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine.


