Par Amoureux de la sagesse/3665-2094
Dans un pays déjà meurtri par l’insécurité, l’effondrement des institutions et une crise sociale sans précédent, l’annonce de l’inscription de Youri Latortue et Joseph Lambert auprès du Conseil Électoral Provisoire (CEP) pour participer aux prochaines élections provoque indignation, inquiétude et colère dans plusieurs secteurs de la société haïtienne.
Selon le calendrier électoral publié par le CEP, le premier tour des élections présidentielles et législatives est prévu pour le 30 août 2026, avec un second tour annoncé pour le 6 décembre 2026, si les conditions sécuritaires et financières le permettent. (CEP HAITI)
Mais au-delà du calendrier, une question fondamentale se pose : Haïti peut-elle espérer un renouveau politique si les mêmes acteurs, souvent associés aux crises du passé, reviennent encore briguer le pouvoir ?
Le retour des figures controversées
Pendant plus de deux décennies, la vie politique haïtienne a été marquée par la présence de plusieurs figures influentes issues de l’ancien système parlementaire. Parmi elles, Youri Latortue et Joseph Lambert occupent une place particulière.
Youri Latortue, ancien sénateur de l’Artibonite et chef du parti Ayiti an Aksyon (AAA), a longtemps été considéré comme l’un des hommes les plus puissants du Sénat haïtien. De son côté, Joseph Lambert, également ancien président du Sénat, s’est retrouvé au cœur de nombreuses controverses politiques, notamment dans les débats sur la succession présidentielle après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021.
Pour beaucoup d’observateurs, leur retour dans l’arène électorale symbolise la persistance d’un système politique qui refuse de disparaître, malgré les échecs répétés.
Une classe politique accusée d’avoir échoué
Depuis plus d’une décennie, Haïti traverse une crise multidimensionnelle. L’effondrement de l’économie, la montée des gangs armés, l’exode massif de la population et la paralysie des institutions ont plongé le pays dans une situation dramatique.
Selon plusieurs organisations internationales, plus de 5 millions d’Haïtiens vivent aujourd’hui dans l’insécurité alimentaire, tandis que des quartiers entiers de la capitale sont contrôlés par des groupes armés.
Dans ce contexte, une partie importante de la population estime que les responsables politiques qui ont dirigé ou influencé l’État durant ces années portent une part de responsabilité dans cette catastrophe nationale.
Pour certains analystes, la participation de ces anciens dirigeants aux prochaines élections ressemble à une tentative de recyclage politique, voire à une résurrection de ce que plusieurs citoyens appellent désormais des cadavres politiques.
La colère d’une population épuisée
Dans les rues de Port-au-Prince, à Delmas, à Carrefour ou dans l’Artibonite, la méfiance envers la classe politique atteint un niveau rarement observé.
De nombreux citoyens estiment que les mêmes acteurs qui ont contribué à affaiblir l’État ne peuvent pas être ceux qui prétendent aujourd’hui reconstruire la nation.
Pour certains militants de la société civile, permettre à ces figures controversées de revenir au pouvoir serait comparable à remettre un couteau entre les mains de celui qui a déjà blessé la nation.
Dans plusieurs débats publics et sur les réseaux sociaux, les critiques fusent :
accusations d’opportunisme politique, de manipulation des jeunes dans les quartiers populaires, ou encore d’exploitation du chaos à des fins électorales.
Le risque d’une répétition de l’histoire
L’histoire politique haïtienne est jalonnée de cycles où les mêmes figures reviennent continuellement occuper les postes de pouvoir, souvent sans véritable changement dans la gouvernance.
Or, selon plusieurs spécialistes, la crise actuelle est précisément le résultat de cette reproduction d’un même système politique fermé, incapable de se renouveler.
Si les prochaines élections deviennent simplement une compétition entre les acteurs du passé, certains craignent que le pays ne s’enfonce encore davantage dans l’instabilité.
Dans ce scénario, les élections ne seraient plus un moment de renouveau démocratique, mais le prolongement d’un système qui a déjà montré ses limites.
Un appel à la vigilance citoyenne
Face à cette situation, plusieurs voix appellent la population haïtienne à faire preuve de vigilance.
Dans une démocratie, le pouvoir appartient au peuple. Le vote n’est pas seulement un droit : il est aussi une responsabilité historique.
Les électeurs devront décider s’ils souhaitent ouvrir une nouvelle page de l’histoire nationale ou prolonger un cycle politique qui a déjà plongé le pays dans la crise.
Car au-delà des slogans et des promesses électorales, une réalité demeure :
l’avenir d’Haïti dépendra des choix que feront ses citoyens.
Si les mêmes dirigeants continuent de dominer la scène politique, beaucoup redoutent que les élections ne deviennent pas une renaissance démocratique, mais le prélude aux funérailles d’un État déjà fragilisé.

