1er mai 2026. Alors que la journée est traditionnellement consacrée à la valorisation des travailleurs, en Haïti, elle résonne cette année comme un cri d’alarme venu des campagnes. Dans plusieurs régions agricoles, des paysans dénoncent une situation devenue intenable : insécurité persistante, accès bloqué aux marchés et effondrement progressif de la production locale.
Des zones agricoles sous menace permanente
Dans le département d’Artibonite, considéré comme le principal grenier rizicole du pays, des agriculteurs affirment que des groupes armés ont attaqué des exploitations, incendié des plantations et forcé de nombreuses familles à abandonner leurs terres. Des scènes similaires sont rapportées dans les hauteurs de Kenscoff, réputées pour leur production de légumes comme le chou, la carotte, la laitue ou encore les épinards.
Selon plusieurs témoignages recueillis localement, ces zones agricoles sont aujourd’hui sous l’influence de groupes armés qui perturbent les activités, imposent des restrictions de circulation et rendent les récoltes particulièrement risquées.
Routes coupées, marchés inaccessibles
La crise ne se limite pas aux champs. Dans le Grand Sud comme dans d’autres régions, les routes reliant les zones de production à la capitale, Port-au-Prince, restent fréquemment bloquées ou dangereuses. Cette situation empêche les paysans d’acheminer leurs produits vers les marchés.
Avocats, patates, ignames, pois, maïs, pistaches, mangues ou encore cacao : une grande partie de ces récoltes finit par se détériorer faute de débouchés. Pour de nombreux agriculteurs, la perte est totale.
« Si nous ne pouvons pas vendre, nous ne pouvons pas vivre », confie un cultivateur de l’Artibonite. « C’est avec ces produits que nous achetons tout le reste. »
Un système d’échange fragilisé
Dans les zones rurales, l’économie repose largement sur un système d’échange. Les paysans vendent leurs récoltes pour acheter des produits de première nécessité, payer l’éducation des enfants ou assurer les soins de santé.
Mais lorsque les produits restent invendus et pourrissent, c’est toute cette chaîne qui s’effondre. Beaucoup se demandent désormais quoi planter, sachant que cultiver sans possibilité de vendre revient à travailler à perte.
Accusations contre des acteurs publics et privés
Dans ce contexte, des critiques émergent à l’encontre des autorités. Certains dénoncent un décalage entre les priorités gouvernementales et les besoins urgents des populations rurales.
Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé est notamment pointé du doigt pour avoir engagé des contrats coûteux avec des acteurs internationaux, dont Erik Prince, dans le cadre de stratégies de sécurité. Plusieurs voix affirment ne voir, pour l’instant, aucun impact concret de ces initiatives sur la réalité du terrain.
Par ailleurs, des critiques visent aussi la compagnie Sunrise Airways, accusée par certains citoyens de rendre le transport aérien difficilement accessible pour une grande partie de la population, notamment les paysans, déjà exclus des circuits économiques classiques.
Ces accusations, largement relayées dans l’opinion, n’ont pas tout fait l’objet de confirmations officielles, mais elles illustrent un profond sentiment de frustration.
Une production locale en recul face aux importations
À mesure que la production nationale recule, les produits importés, notamment en provenance de la République dominicaine, occupent une place de plus en plus importante sur les marchés haïtiens.
Pour de nombreux observateurs, cette situation risque d’aggraver la dépendance alimentaire du pays et de fragiliser davantage les agriculteurs locaux.
Un avenir incertain pour les paysans
Au cœur de cette crise, les paysans haïtiens apparaissent comme les premières victimes d’un système fragilisé par l’insécurité, les blocages logistiques et l’absence de solutions durables.
En ce 1er mai, leur message est clair : sans sécurité, sans routes praticables et sans accès aux marchés, il devient presque impossible de produire, de vendre et, tout simplement, de survivre.



