La nuit du 23 au 24 août 2026 a été longue, violente et meurtrière à Kenscoff. Des hommes armés ont semé la terreur dans plusieurs localités de la commune, laissant derrière eux des familles endeuillées, des maisons incendiées et une population traumatisée. Un premier bilan fait état de 13 morts, mais ce chiffre est loin d’être définitif. À mesure que les habitants retrouvent leurs proches et que les informations remontent des différentes zones touchées, le bilan pourrait malheureusement s’alourdir.
Les images qui circulent donnent une idée du drame humain. Familles déplacées, enfants effrayés, parents en quête d’un abri : Kenscoff paie, une fois de plus, un lourd tribut à l’insécurité qui ravage le pays.
Mais au-delà du bilan macabre, une question revient avec insistance : où se trouvait la Police nationale d’Haïti (PNH) pendant que des citoyens étaient massacrés et des maisons incendiées ?
La population n’attend pas de miracles,elle demande simplement à l’État de faire son travail.
À la tête de la PNH, le directeur général André Jonas Vladimir Paraison porte aujourd’hui une lourde responsabilité institutionnelle. Il ne suffit pas de multiplier les déclarations, les réunions ou les discours sur la reconquête du territoire. Une police nationale se juge avant tout à sa capacité à protéger la population lorsqu’elle est attaquée.
Comment expliquer qu’en 2026, alors que tout l’appareil d’État est mobilisé autour de la sécurité et que la PNH dispose de ressources et d’équipements, des groupes armés puissent encore imposer leur loi pendant des heures, attaquer plusieurs localités et terroriser des familles jusqu’à l’aube ?
Treize morts ,ce n’est pas un simple chiffre, derrière chaque victime, il y a une mère, un père, un enfant, un frère, une sœur ou une famille entière qui devra désormais apprendre à vivre avec une absence.
Ce qui est peut-être le plus révoltant, c’est que ces drames surviennent dans un pays où les dirigeants politiques parlent déjà abondamment d’élections. On prépare les calendriers électoraux, on discute des candidatures et l’on promet un retour à la normalité démocratique, alors même que les citoyens ignorent s’ils survivront à la nuit.
À quoi servent les élections si l’État est incapable de garantir un minimum de sécurité à ceux qui doivent se rendre aux urnes ?
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ne peut plus rester à l’écart de cette réalité. Le chef du gouvernement doit répondre à une question simple : quelle stratégie concrète son gouvernement met-il en œuvre pour éviter que la population ne soit régulièrement livrée à elle-même face aux groupes armés ?
Il est las d’entendre parler de reconquête de territoires alors que, sur le terrain, des familles continuent de fuir avec leurs enfants dans les bras.
À Kenscoff, les autorités doivent désormais moins parler et davantage agir. La PNH doit faire la lumière sur les événements, identifier les responsables, sécuriser les zones touchées et empêcher que de nouvelles attaques n’ajoutent d’autres victimes à cette tragédie.
Le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, doit également rendre compte à la population de la réponse opérationnelle des forces de l’ordre face à cette attaque. Il ne s’agit pas de chercher un bouc émissaire, mais d’exiger des explications de la part des responsables de la sécurité nationale.
Quant au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, il doit comprendre que l’on ne peut continuer à parler d’élections comme si Haïti traversait une situation normale. La démocratie ne se résume pas au dépôt d’un bulletin . Elle suppose aussi que les citoyens puissent se déplacer, vivre, travailler et rentrer chez eux sans craindre d’être massacrés.
Kenscoff ne doit pas devenir une simple ligne dans les statistiques de la violence.
Les 13 morts annoncés constituent déjà un bilan effroyable ; si les informations concernant d’autres victimes se confirment, le pays devra une fois de plus faire face à un massacre dont les conséquences humaines dépasseront largement les chiffres communiqués.
Alors que certains songent déjà à la prochaine bataille électorale, des familles pensent simplement à retrouver leurs morts.
Avant les élections, il faut sauver des vies,avant les discours politiques, il est nécessaire de rétablir l’autorité de l’État. Et avant de demander au peuple de faire à nouveau confiance aux institutions, il faut lui donner une raison de croire qu’elles sont capables de le protéger.



