Saint-Domingue / Panama, juin 2026 — Le ministre dominicain des Affaires étrangères, Roberto Álvarez, s’apprête à prendre la parole devant l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) à Panama pour exposer la position de son gouvernement sur la crise haïtienne. Une démarche qui suscite toutefois des interrogations chez de nombreux observateurs de la région.
Depuis plusieurs années, la République dominicaine s’impose comme l’une des voix les plus actives lorsqu’il s’agit d’évoquer la situation d’Haïti sur les tribunes internationales. À chaque sommet régional, à chaque réunion diplomatique majeure, les autorités dominicaines multiplient les déclarations sur la crise haïtienne, la sécurité régionale et la nécessité d’une réponse internationale.
Mais certains analystes se demandent pourquoi Saint-Domingue semble si souvent se placer au centre des discussions concernant l’avenir d’Haïti, alors même que les autorités haïtiennes disposent de leurs propres représentants diplomatiques pour défendre les intérêts nationaux.
Cette situation alimente un malaise chez ceux qui considèrent que les problèmes d’Haïti devraient avant tout être exposés et défendus par les institutions haïtiennes elles-mêmes. Pour eux, voir un responsable étranger devenir l’un des principaux porte-voix de la crise haïtienne sur la scène internationale soulève une question de souveraineté et d’image nationale.
Les critiques rappellent également que la République dominicaine n’est pas exempte de défis internes. Ces dernières années, le pays a été confronté à plusieurs épisodes de criminalité organisée, de trafic de stupéfiants, de violences urbaines et de préoccupations liées à la sécurité publique. Des affaires impliquant des réseaux criminels, des actes de violence et des problèmes de corruption ont régulièrement alimenté le débat public dominicain.
Dans ce contexte, certains observateurs estiment que les autorités dominicaines gagneraient d’abord à concentrer leurs efforts sur leurs propres défis avant de se présenter comme une référence incontournable dans les discussions sur la crise haïtienne.
Au-delà de la personne de Roberto Álvarez, c’est une question plus large qui refait surface : pourquoi la voix dominicaine semble-t-elle parfois plus audible que celle d’Haïti lorsqu’il s’agit de parler du destin du peuple haïtien ?
Pour plusieurs intellectuels et acteurs politiques, cette réalité traduit aussi l’affaiblissement progressif des institutions haïtiennes sur la scène internationale. Selon eux, le vide laissé par l’absence d’une diplomatie haïtienne forte et proactive ouvre la porte à des acteurs étrangers qui occupent désormais l’espace médiatique et diplomatique.
À l’approche de cette nouvelle réunion de l’OEA, certains appellent les responsables haïtiens à reprendre l’initiative et à défendre eux-mêmes leurs positions dans les grands forums internationaux. Car au-delà des crises actuelles, beaucoup estiment qu’une nation ne peut préserver sa dignité que lorsqu’elle parle en son propre nom et porte elle-même sa voix devant le monde.


