PORT-AU-PRINCE, 16 juin 2026 — Au moment même où le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé accueillait le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sous les projecteurs diplomatiques de l’aéroport Toussaint Louverture, les armes continuaient de crépiter dans plusieurs quartiers de la capitale. Une image qui résume à elle seule le fossé grandissant entre les discours officiels et la réalité quotidienne des Haïtiens.
À Cité Soleil, des affrontements opposant des groupes armés rivaux se poursuivent depuis plusieurs jours. Selon diverses informations circulant dans la zone, des hommes lourdement armés seraient venus renforcer certaines factions, faisant craindre une aggravation de la situation sécuritaire. Des habitants rapportent vivre au rythme des tirs, des déplacements forcés et de la fermeture de plusieurs activités économiques.
Cette nouvelle flambée de violence survient alors que les autorités multiplient les annonces sur le rétablissement de la sécurité. Pourtant, pour une grande partie de la population, le constat demeure implacable : malgré les équipements reçus de partenaires étrangers, malgré le déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG) et malgré les promesses répétées des responsables de l’État, les groupes armés continuent d’exercer une influence considérable sur de larges portions du territoire national.
Le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison, assure régulièrement que des stratégies sont en cours pour reprendre le contrôle des zones occupées. Cependant, chaque nouvelle attaque, chaque enlèvement et chaque déplacement de population viennent alimenter les critiques d’une opinion publique qui peine à percevoir des résultats tangibles.
Pour beaucoup d’Haïtiens, l’heure n’est plus aux déclarations optimistes. Dans les camps de déplacés, dans les quartiers assiégés et dans les zones abandonnées par les services publics, la population réclame avant tout des actions capables de rétablir la libre circulation, protéger les familles et garantir le droit fondamental à la sécurité.
L’accueil réservé à António Guterres a également ravivé les interrogations sur les priorités du pouvoir. Alors que des milliers de citoyens vivent sous la menace permanente des gangs, certains observateurs estiment que les autorités cherchent davantage à projeter une image de normalité qu’à reconnaître l’ampleur de la crise. Cette perception s’est renforcée après le report de certaines visites régionales importantes, officiellement pour des raisons de sécurité, alors même que des rencontres internationales continuent d’être organisées dans la capitale.
Au-delà des débats politiques, une réalité demeure : Haïti traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Les familles déplacées se comptent par centaines de milliers, des quartiers entiers échappent encore au contrôle de l’État et l’économie continue de subir les conséquences d’une insécurité persistante.
Pendant que les communiqués évoquent stabilité, coopération et perspectives électorales, de nombreux citoyens affirment vivre dans un pays où la peur dicte encore le quotidien. À Cité Soleil comme dans plusieurs autres zones de la région métropolitaine, les coups de feu ont une nouvelle fois rappelé que la bataille pour la sécurité reste loin d’être gagnée.
Et pour une population épuisée par des années de violences, les promesses répétées ne suffisent plus. Ce qu’elle attend désormais, ce sont des résultats visibles, capables de redonner confiance à un peuple qui a trop souvent entendu parler de victoire sans jamais en voir les effets.



