Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti remet au centre des débats le nom de l’ancien député Alfredo Junior Antoine, présenté comme l’un des acteurs présumés de la déstabilisation de Kenscoff et des violences qui ont durement frappé cette commune. Remis au Conseil de sécurité le 3 septembre 2026, le document évoque des liens présumés entre l’ancien parlementaire et plusieurs groupes armés. Alfredo Junior Antoine rejette ces accusations.
Dans son rapport, le Groupe d’experts revient notamment sur une nouvelle série d’attaques enregistrées à Kenscoff entre le 4 et le 9 juillet 2026. Selon les estimations citées par les experts, ces violences auraient fait au moins 61 morts parmi les habitants et entraîné le déplacement d’au moins 5 800 personnes.
Pour les experts, la crise à Kenscoff ne peut toutefois pas être expliquée uniquement par la violence des groupes armés. Le rapport évoque également des motivations politiques et l’implication présumée d’acteurs influents qui auraient apporté leur soutien à des gangs et à d’autres groupes armés afin de préserver leur influence dans la région.
C’est dans ce contexte que le nom d’Alfredo Junior Antoine apparaît de manière particulièrement insistante. Ancien député de Kenscoff entre 2016 et 2020, il est accusé par le Groupe d’experts d’avoir entretenu, depuis plusieurs années, des relations avec des groupes armés opérant dans la zone.
Les experts affirment notamment que, depuis au moins 2016, l’ancien parlementaire aurait armé et soutenu des groupes de jeunes de la région, utilisés au départ comme instruments politiques. Selon le rapport, certains de ces groupes auraient progressivement évolué en gangs ou intégré des organisations criminelles.
Le document lui attribue également des responsabilités présumées dans des enlèvements, des détentions illégales et des actes d’intimidation contre des adversaires politiques. Les accusations deviennent encore plus lourdes lorsqu’il est question de l’attaque du 27 janvier 2025 à Kenscoff.
Selon le Groupe d’experts, Alfredo Junior Antoine compterait parmi les principaux commanditaires présumés de cette attaque, qui aurait fait plus d’une centaine de morts et aurait été accompagnée de viols, de pillages et d’incendies de maisons. Les experts affirment également qu’il aurait participé à la planification de certaines opérations avec des gangs actifs dans différents quartiers de Kenscoff.
Le rapport mentionne aussi des contacts présumés avec des membres de Viv Ansanm, notamment Dady Paul, également identifié sous les noms de Frantz Valmyr ou « Didy », présenté par les experts comme l’un des principaux chefs de gang opérant à Kenscoff.
Magalie Habitant est également citée dans le document. Les experts la présentent comme une intermédiaire présumée entre des responsables politiques, des hommes d’affaires et des groupes armés. Le rapport fait aussi état de liens présumés entre Alfredo Antoine et Vitelhomme Innocent.
Les accusations portent également sur le financement et l’approvisionnement des groupes armés. Le Groupe d’experts affirme qu’Alfredo Antoine aurait fourni des armes, des munitions et des ressources financières à Viv Ansanm, par l’intermédiaire d’une autre personne. Les experts indiquent en outre que plusieurs armes détenues illégalement auraient été découvertes à son domicile.
Contacté dans le cadre de l’élaboration du rapport, Alfredo Antoine a rejeté par courrier électronique les accusations concernant ses liens avec les gangs. Sa réponse a été transmise par les experts au comité compétent du Conseil de sécurité. Malgré cette contestation, le Groupe d’experts indique maintenir les conclusions présentées dans son rapport.
Le document revient également sur l’arrestation de l’ancien député le 4 avril 2025. Il avait alors été arrêté pour des faits liés notamment à un complot contre la sûreté de l’État, au financement d’organisations criminelles, à la complicité de meurtre et à l’association de malfaiteurs. Il avait été remis en liberté le 9 mai 2025.
À Kenscoff, le rapport de l’ONU dessine ainsi le portrait d’une crise où la violence armée, les intérêts politiques et les réseaux d’influence s’entremêlent. Pour les populations déplacées et les familles frappées par les massacres, les accusations contenues dans ce document soulèvent une nouvelle fois la question des responsabilités derrière les violences qui continuent de déstabiliser la commune.



