Le procès de Christian Emmanuel Sanon devant le tribunal fédéral de Miami continue de mettre en lumière les épisodes politiques ayant marqué les derniers mois de la présidence de Jovenel Moïse. Mercredi, lors de son témoignage, Martine Moïse a notamment évoqué l’ancien sénateur Antonio Chéramy, dit Don Kato, revenant sur l’opposition de ce dernier à son mari avant l’assassinat du 7 juillet 2021.
Au cœur de ce passage du témoignage : une déclaration faite par Don Kato le 18 novembre 2020, alors que la confrontation entre le pouvoir de Jovenel Moïse et ses opposants politiques était déjà particulièrement vive. Martine Moïse a rappelé aux jurés que l’ancien sénateur avait alors affirmé qu’il s’agirait du dernier 18 novembre de Jovenel Moïse en tant que président.
Cette ancienne déclaration a été mise en avant dans une salle d’audience où les jurés tentent aujourd’hui de comprendre le contexte politique ayant précédé l’assassinat du président. Les propos de Don Kato s’inscrivent ainsi parmi les nombreux éléments évoqués au cours du procès pour reconstituer l’atmosphère politique de l’époque.
Martine Moïse a également attiré l’attention sur une photographie montrant Antonio Chéramy à gauche et Christian Emmanuel Sanon à droite. Sanon est actuellement jugé pour son implication présumée dans le projet qui, selon l’accusation américaine, devait initialement conduire à un changement de pouvoir en Haïti avant d’aboutir à l’assassinat de Jovenel Moïse.
La photographie soulève des questions quant aux contacts et aux relations entre les différents acteurs gravitant autour de la crise politique haïtienne en 2020 et 2021. Les jurés doivent examiner l’ensemble des témoignages, documents et autres éléments de preuve présentés lors du procès.
Durant cette période, Jovenel Moïse a fait face à une opposition politique déterminée. Les manifestations se multipliaient et la question de la fin de son mandat constituait l’un des principaux points de confrontation entre le gouvernement et ses opposants.C’est dans ce contexte que les déclarations publiques de plusieurs dirigeants politiques ont pris une importance particulière. Le nom de Don Kato est aujourd’hui évoqué devant les jurés, alors que la justice américaine tente de reconstituer les événements ayant précédé l’assassinat.
Toutefois, la procédure ne se limite pas aux déclarations politiques. Elle se concentre principalement sur une opération qui a abouti, dans la nuit du 7 juillet 2021, à la mort de Jovenel Moïse à son domicile de Pèlerin 5, à Pétion-Ville.
La veuve de l’ancien président a également fourni au tribunal des détails sur cette nuit tragique. Elle a expliqué que des hommes armés avaient fait irruption dans la résidence présidentielle et que des coups de feu avaient éclaté aux premières heures de la matinée.
Martine Moïse, elle-même blessée par balle, a relaté les derniers instants passés avec son mari. Jovenel Moïse a été tué dans la chambre du couple, tandis que Martine Moïse tentait de se mettre à l’abri avec les enfants.Son témoignage soulève également la question du dispositif de sécurité entourant le président. L’absence d’intervention efficace de la part des agents chargés de protéger la famille présidentielle demeure l’un des points clés du dossier.
Christian Emmanuel Sanon comparaît seul dans ce procès fédéral. Son cas a été disjoint de celui de quatre autres accusés reconnus coupables en mai 2026.L’accusation américaine soutient que Sanon était impliqué dans un projet visant à renverser Jovenel Moïse et que ce projet a finalement conduit à l’assassinat du président. La défense rejette cette version et soutient notamment que Sanon n’a pas participé à un projet visant à tuer Jovenel Moïse.
Le procès doit donc permettre aux jurés de faire la distinction entre relations politiques, contacts personnels, projets de changement de pouvoir et actes directement liés à l’assassinat.
Pour Don Kato, la question diffère désormais de celle qui se posait en 2020 : ses anciennes déclarations et la photographie avec Sanon ne sont-elles que les traces d’une opposition politique à Jovenel Moïse, ou constituent-elles un élément permettant de mieux comprendre le réseau d’acteurs gravitant autour du projet de changement de pouvoir ?


