L’enquête américaine sur l’assassinat de Jovenel Moïse continue de faire émerger de nouveaux protagonistes. Cinq ans après la mort de l’ancien président haïtien, Rafael Guerrero fait désormais face à des poursuites fédérales aux États-Unis pour son implication présumée dans le complot ayant précédé l’attaque meurtrière du 7 juillet 2021.
Les procureurs fédéraux de Miami ont officiellement engagé des poursuites contre Guerrero le lundi 14 septembre 2026. Son nom figure désormais aux côtés de plusieurs personnes déjà poursuivies dans le cadre de cette affaire, qui vise à déterminer comment un projet initialement présenté comme une opération de coup d’État politique a pu aboutir à l’assassinat du président haïtien.
Selon les éléments contenus dans l’acte d’accusation, Guerrero aurait contribué à un montage financier plusieurs mois avant le meurtre. Il aurait notamment signé en tant que témoin une ligne de crédit de 175 000 dollars obtenue auprès d’un homme d’affaires du comté de Broward. Cette somme était destinée à une société de sécurité située dans la région de Doral, en Floride.
Les enquêteurs américains estiment que ce financement devait servir à soutenir le projet de Christian Emmanuel Sanon, un pasteur haïtiano-américain qui aurait envisagé de remplacer Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti.
Après cette opération financière, Guerrero aurait participé à plusieurs réunions avec d’autres personnes impliquées dans le projet. Les discussions auraient progressivement pris une tournure beaucoup plus radicale, avec l’élaboration d’un plan visant à renverser Jovenel Moïse par la force.
L’achat d’armes et de munitions pour les anciens soldats colombiens recrutés pour l’opération aurait également été évoqué lors de certaines de ces réunions. Toutefois, selon les procureurs, les objectifs du groupe auraient par la suite évolué : Sanon aurait été écarté et les conspirateurs auraient plutôt envisagé de placer Windelle Coq Thélot, ancienne juge à la Cour de cassation, à la tête du pays.
Quelques semaines plus tard, le projet allait connaître son dénouement tragique. Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, des hommes armés ont pénétré dans la résidence privée de Jovenel Moïse à Pèlerin 5, à Port-au-Prince. Le président a été abattu lors de l’assaut. Son épouse, Martine Moïse, a été grièvement blessée.
Le dossier met également en cause Guerrero pour son comportement après le meurtre. Le 7 juillet 2021, alors que les forces de l’ordre haïtiennes lançaient leurs premières opérations et procédaient à des arrestations, il aurait participé à une réunion avec Walter Veintemilla, Arcángel Pretel Ortiz et d’autres personnes citées dans l’enquête. Les procureurs estiment que cette réunion visait notamment à définir les moyens de dissimuler leur implication présumée dans le complot.
Cette nouvelle inculpation intervient alors que la justice américaine a déjà obtenu plusieurs verdicts dans cette affaire. En mai 2026, Antonio Intriago, Arcángel Pretel Ortiz, Walter Veintemilla et James Solages ont été reconnus coupables par un jury fédéral à Miami pour leurs rôles présumés respectifs dans le projet.
L’affaire est loin d’être close. Christian Emmanuel Sanon, considéré comme l’une des figures centrales du projet initial, doit comparaître devant la justice fédérale à Miami à partir du 28 septembre 2026.
L’inclusion de Rafael Guerrero dans le cercle des personnes officiellement inculpées démontre avant tout que les enquêteurs américains continuent de remonter la chaîne des responsabilités. Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, la justice s’efforce toujours d’établir avec précision le rôle joué par chacun dans le financement, la préparation, l’exécution et les manœuvres visant à dissimuler les traces du complot.


