Port-au-Prince, 22 juin 2026 — En affirmant n’avoir « jamais participé à la corruption » ni « jamais dansé avec les gangs », l’ancien président provisoire Jocelerme Privert croyait sans doute rappeler son attachement aux principes qu’il dit avoir défendus tout au long de sa carrière. Pourtant, ses déclarations ont immédiatement ravivé les critiques d’une partie de l’opinion publique qui voit en lui l’une des figures emblématiques d’une génération politique associée aux échecs répétés de l’État haïtien.
Pour ses détracteurs, le problème ne réside pas seulement dans les propos de l’ancien chef de l’État, mais dans le décalage entre ce discours et le souvenir que conserve une partie de la population de son passage au sommet du pouvoir.
Arrivé à la présidence provisoire en février 2016 dans un contexte de crise institutionnelle, Jocelerme Privert avait alors pour mission d’accompagner le pays vers une sortie de crise. Dix ans plus tard, Haïti demeure plongée dans une instabilité chronique, marquée par l’effondrement des institutions, l’insécurité généralisée et une méfiance profonde envers la classe politique traditionnelle.
Pour de nombreux observateurs, le retour médiatique de M. Privert intervient à un moment où une partie de la population exprime sa lassitude face aux mêmes visages politiques qui reviennent régulièrement proposer de nouvelles solutions après avoir déjà occupé les plus hautes fonctions de l’État.
Son nom continue également d’être évoqué dans les débats publics liés à la gouvernance des années précédentes et aux nombreuses controverses qui ont secoué le pays. Sans avoir été condamné dans les dossiers régulièrement évoqués dans l’espace public, l’ancien président reste associé, pour ses adversaires, à une époque marquée par les crises politiques, les accusations de mauvaise gouvernance et l’affaiblissement progressif de la confiance citoyenne.
Les critiques estiment que les Haïtiens n’attendent plus de grandes déclarations de principe. Ils réclament plutôt des résultats, des comptes et une rupture avec les pratiques qui ont contribué à fragiliser l’État au fil des décennies.
« La population n’a pas perdu la mémoire », affirme un analyste politique. « Chaque fois qu’une ancienne figure du pouvoir revient promettre le changement, les citoyens se demandent pourquoi ce changement n’a pas été réalisé lorsqu’elle disposait déjà des moyens de l’État. »
Dans les quartiers frappés par la violence, les camps de déplacés et les régions abandonnées par les services publics, les débats sur le retour des anciennes figures politiques suscitent souvent scepticisme et désillusion. Beaucoup considèrent que la crise actuelle est aussi le résultat d’années de promesses non tenues et d’occasions manquées.
Les déclarations de Jocelerme Privert relancent ainsi une question devenue récurrente dans le débat national : Haïti peut-elle espérer se reconstruire avec les mêmes acteurs qui ont déjà participé à la gestion du pays pendant les décennies ayant conduit à la crise actuelle ?
Une chose est certaine : son retour dans l’actualité démontre que les blessures politiques du passé restent ouvertes et que le débat sur les responsabilités des dirigeants d’hier continue de hanter le présent d’Haïti.

