Miami / Port-au-Prince, 13 avril 2026 — De nouveaux éléments continuent d’émerger dans le dossier de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Pèlerin 5. Cette fois, c’est au tour de Rodolphe Jaar de livrer sa version des faits devant la justice américaine, apportant un éclairage supplémentaire sur les moyens financiers et logistiques mobilisés avant le passage à l’acte.
Lors d’une audience tenue ce 13 avril 2026 devant un tribunal fédéral à Miami, l’homme d’affaires haïtiano-chilien a affirmé avoir dépensé plus de 150 000 dollars dans le cadre de ce qu’il décrit comme un projet ayant conduit à l’attaque contre le chef de l’État.
Des flux financiers détaillés devant la cour
Selon son témoignage, plusieurs paiements auraient été effectués pour faciliter l’opération. Il affirme notamment avoir remis environ 80 000 dollars à des membres de l’USGPN, l’unité chargée de la sécurité du Palais national, un point particulièrement sensible dans le cadre de l’enquête.
Toujours d’après ses déclarations, 30 000 dollars auraient été versés à une structure identifiée comme le CAT, tandis qu’une somme de 10 000 dollars aurait été remise à Joseph Félix Badio, déjà cité à plusieurs reprises dans le dossier comme un acteur clé présumé.
Ces montants, présentés sous serment, dessinent les contours d’un financement structuré, impliquant à la fois des acteurs institutionnels et des intermédiaires.
Une implication logistique : des armes fournies
Au-delà des aspects financiers, Rodolphe Jaar a également affirmé avoir contribué à la logistique de l’opération. Il a déclaré avoir fourni environ six fusils destinés à être utilisés lors de l’attaque contre la résidence présidentielle.
Cette affirmation, si elle est confirmée par les enquêteurs, renforcerait l’hypothèse d’une préparation organisée et anticipée, impliquant plusieurs niveaux de coordination.
Une pièce de plus dans un dossier fragmenté
Arrêté en janvier 2022 en République dominicaine avant d’être transféré aux États-Unis, Rodolphe Jaar fait partie des nombreux suspects poursuivis dans le cadre de l’enquête fédérale américaine. Depuis, les audiences se succèdent, mettant progressivement en lumière les différents rôles joués par les personnes impliquées.
Toutefois, malgré ces avancées, l’affaire reste marquée par de nombreuses zones d’ombre. Les déclarations de Jaar, comme celles d’autres accusés, apportent des éléments importants, mais nécessitent encore d’être corroborées par des preuves matérielles et des recoupements indépendants.
Une vérité encore en construction
Près de cinq ans après les faits, le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse continue de se construire au fil des témoignages et des procédures judiciaires, principalement aux États-Unis. En Haïti, l’enquête avance plus lentement, alimentant frustrations et interrogations au sein de la population.
Dans ce contexte, chaque nouvelle déclaration contribue à éclairer une partie du puzzle, sans pour autant offrir une vision complète des responsabilités.
Une réalité s’impose peu à peu : derrière l’assassinat du président, se dessine un réseau complexe où se croisent intérêts politiques, circuits financiers et complicités présumées — un enchevêtrement dont la justice peine encore à démêler tous les fils.



