Alors que l’insécurité continue de ravager Haïti, les constats s’accumulent et se répètent, douloureusement : l’État haïtien est en faillite. Les anciens directeurs de la Police nationale d’Haïti (PNH), Normil Rameau et Mario Andrésol, censés incarner la fermeté face à la criminalité, ont échoué à enrayer l’expansion des gangs armés. Loin d’apporter des solutions concrètes, leur passage à la tête de l’institution a coïncidé avec une aggravation dramatique de la situation sécuritaire.
Aujourd’hui, plus de 80 % de la région métropolitaine est sous le contrôle de groupes criminels lourdement armés, qui imposent leur loi dans un climat de terreur. Les assassinats, les enlèvements, les viols et les déplacements forcés se multiplient. Pire encore, les forces de l’ordre sont dépassées : des dizaines de policiers ont été tués, abandonnés sans moyens ni soutien.
Le Conseil présidentiel de transition, mis en place pour sortir le pays de l’impasse politique, apparaît déjà comme une coquille vide. Quant au Premier ministre, ses discours creux et ses promesses non tenues n’ont fait qu’exacerber la colère populaire. Ce pouvoir de façade, suspendu aux fils de la diplomatie étrangère, semble naviguer sans boussole, sous l’œil complice ou désintéressé de grandes puissances qui influencent, en coulisses, la politique haïtienne.
La population, quant à elle, vit dans une agonie silencieuse. Appauvrie, exilée dans son propre pays, elle est régulièrement réprimée dès qu’elle tente de se lever, de faire entendre sa voix. Les manifestations sont accueillies par des gaz lacrymogènes et une violence d’État aveugle. Ce peuple, épuisé, n’a plus d’issue. Il est trahi, abandonné, étranglé.
Une classe politique à bout de souffle
Les institutions haïtiennes sont décrédibilisées. Parlement, justice, police, exécutif : toutes ont perdu la confiance du peuple. La classe politique actuelle, gangrenée par la corruption, les connivences mafieuses et l’inefficacité chronique, ne représente plus que ses propres intérêts.
Il devient impératif de rompre avec ce cycle infernal. Il faut déraciner cette élite politique périmée, compromise avec les gangs, et reconstruire une gouvernance nouvelle, transparente, ancrée dans les intérêts du peuple. Ces dirigeants, que beaucoup considèrent comme des traîtres nationaux, ne doivent en aucun cas participer à un quelconque processus de refondation. Ils ont prouvé leur incapacité à servir la nation.
Ceux qui ont livré le pays aux criminels, qui ont vendu les rêves des jeunes générations contre des intérêts mesquins, doivent rendre des comptes. Haïti ne pourra renaître sans une rupture radicale avec ces pratiques mortifères.
Un sursaut nécessaire
L’heure n’est plus aux demi-mesures. La société haïtienne a besoin d’un renouveau, porté par une nouvelle génération de leaders honnêtes, compétents et enracinés dans les réalités du pays. Il ne s’agit pas d’une utopie, mais d’une nécessité vitale.
La communauté internationale, si elle se veut encore partenaire du peuple haïtien, doit cesser de cautionner les marionnettes politiques et les arrangements douteux. Le vrai changement viendra d’un sursaut populaire — pacifique, structuré et résolu — pour réclamer justice, sécurité, et dignité.
Haïti peut encore se relever, mais à condition de regarder la vérité en face : le système actuel est mort. Le peuple, lui, est vivant, même s’il souffre. Et c’est en son nom que doit s’écrire une nouvelle page de l’histoire.



