Plus de quatre ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, l’ombre du drame continue de hanter Haïti et sa diaspora. Ce vendredi, son fils aîné, Joverlein Moïse, a rompu le silence avec force et dignité. Dans une lettre ouverte adressée au sénateur américain Marco Rubio, figure influente au sein de la commission des Affaires étrangères du Sénat des États-Unis, il appelle à une mobilisation internationale pour que “la vérité éclate enfin” sur les circonstances de la mort de son père et pour que “justice soit rendue au peuple haïtien”.
Un message direct, empreint de douleur et d’espoir
Dans cette missive poignante rendue publique sur ses réseaux sociaux, Joverlein Moïse ne se contente pas de demander des réponses sur l’assassinat de son père, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à Pétion-Ville. Il interpelle aussi l’Amérique sur sa responsabilité historique et morale vis-à-vis d’Haïti, insistant sur la nécessité d’une justice indépendante, libre de toute ingérence politique ou économique.
“Ce n’est pas seulement la voix d’un fils qui réclame la vérité. C’est celle de tout un peuple qui, depuis trop longtemps, subit l’indifférence, les ingérences et l’impunité.”
Il exhorte Marco Rubio à user de son influence pour appuyer une enquête transparente, et à pousser les États-Unis à jouer un rôle constructif, loin des logiques de domination ou de stabilisation à courte vue.
Une lettre qui s’inscrit dans un contexte de défiance
Le moment choisi n’est pas anodin. Alors qu’Haïti traverse une nouvelle phase d’instabilité – entre violences des gangs, paralysie des institutions et impasse politique – cette lettre met en lumière un profond sentiment de trahison au sein de la population haïtienne. De nombreuses zones d’ombre entourent toujours l’implication de mercenaires colombiens, de personnalités locales, mais aussi de ressortissants américains, certains liés à des sociétés de sécurité privées basées en Floride.
L’enquête, morcelée entre Haïti, les États-Unis et la Colombie, avance à un rythme décourageant, freinée par des intérêts contradictoires et le manque de coopération effective entre les États. Joverlein Moïse, dans sa lettre, réclame plus que des arrestations symboliques : il veut des réponses concrètes, un procès équitable, et des mesures de réparation pour les familles des victimes.
Un appel à la solidarité, au-delà des frontières
Plus qu’une simple requête diplomatique, ce message a la portée d’un appel à la conscience internationale. Joverlein insiste sur la souffrance du peuple haïtien, abandonné face à l’effondrement de l’État et à la violence du quotidien. Il appelle à une “solidarité sincère”, qui ne se limite pas à l’aide humanitaire ou aux discours officiels, mais qui passe par un soutien actif aux luttes pour la vérité, la justice et la souveraineté.
Et maintenant ?
Reste à savoir quelle sera la réponse de Marco Rubio – et, au-delà, celle de l’administration américaine. Jusqu’à présent, Washington s’est montré prudent, préférant mettre l’accent sur la stabilité et la sécurité. Mais la lettre de Joverlein Moïse pourrait forcer un changement de ton, tant elle cristallise une douleur intime et une colère collective.
En mettant des mots sur ce que beaucoup n’osent plus dire, le fils de l’ancien président redonne une voix à une cause que certains pensaient oubliée. Sa démarche, empreinte de dignité, rappelle une vérité essentielle : sans justice, il n’y aura pas de paix durable pour Haïti.



