Par [Amoureux de la sagesse]
La crise politique haïtienne, loin de s’atténuer, s’enlise dans un cycle infernal d’inertie institutionnelle et de perte de légitimité. Au centre du désenchantement populaire, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), mis en place pour diriger le pays vers des élections crédibles, semble avoir manqué sa mission dès les premières semaines de son installation. Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer son départ immédiat, sans conditions, et l’exclusion de ses membres dans toute tentative de reconstruction politique future.
Une mission trahie dès le départ
Créé dans l’urgence sous pression nationale et internationale, le CPT avait pour mandat principal de restaurer la confiance, garantir la sécurité minimale, amorcer un dialogue inclusif et préparer les élections. Un an plus tard, non seulement aucun de ces objectifs n’a été atteint, mais le climat général s’est détérioré.
Au lieu d’un consensus, c’est la fragmentation politique qui domine. Les rivalités internes entre membres du CPT ont paralysé les prises de décision. Le Conseil n’a présenté aucune feuille de route claire, aucun calendrier électoral précis, ni même de projet de réforme capable de répondre aux aspirations d’un peuple meurtri par des décennies de gouvernance corrompue et inefficace.
L’indécence d’un gouvernement déconnecté
En parallèle, le gouvernement de transition, incarné par un Premier ministre dont l’autorité demeure floue, apparaît de plus en plus comme un acteur passif, spectateur d’un pays qui s’enfonce. Les critiques sur la gestion opaque des ressources publiques, les dépenses excessives liées aux privilèges de la classe dirigeante et les soupçons d’enrichissement personnel alimentent la colère populaire. Dans les quartiers populaires comme dans la diaspora, un sentiment d’écœurement s’installe.
Des témoignages rapportent une gouvernance dévoyée, où des fonds publics sont dilapidés sans contrôle ni transparence, pendant que la majorité de la population continue de vivre dans une misère extrême, sans accès à l’eau potable, aux soins de santé ou à l’éducation. Cette gestion déconnectée ne fait que creuser le fossé entre l’État et la population.
Un point de rupture inévitable
La légitimité politique repose sur la confiance. Or, aujourd’hui, ni le CPT ni le gouvernement ne disposent de cette confiance. Continuer avec les mêmes acteurs revient à prolonger l’agonie d’un système en ruine. La transition actuelle est non seulement à bout de souffle, elle est devenue un obstacle à toute solution viable.
Il est temps de penser une nouvelle structure de gouvernance, issue d’un dialogue réellement inclusif, qui intègre les forces vives du pays : organisations de la société civile, acteurs communautaires, syndicats, universitaires, diaspora. Une structure apolitique, temporaire mais rigoureuse, avec un mandat clair, limité, et dont les membres s’engagent à ne pas participer aux prochaines élections, afin de garantir une neutralité absolue.
Vers une rupture salutaire
La reconstruction d’Haïti ne pourra se faire sur les ruines d’un pouvoir discrédité. Le CPT, par son immobilisme et ses échecs, doit tirer les conséquences de son incapacité à incarner l’espoir. Il doit se retirer, et avec lui le gouvernement actuel. Ce retrait ne serait pas un aveu de faiblesse, mais un premier acte de responsabilité.
Les Haïtiens méritent mieux qu’un théâtre politique vidé de sens. Ils méritent des institutions fortes, représentatives et au service du bien commun. C’est à cette exigence qu’il faut désormais répondre. Sans cela, tout discours sur les élections ne sera qu’un mirage de plus, dans un pays qui en a trop connu.



