Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) a salué ce vendredi 6 juin la décision de l’Association nationale pour la protection des ressources aquatiques (ANAPRA) de suspendre deux de ses membres, Monsieur Fritz Richardson Junior et Madame Betty Lamy, suite à de graves accusations liées à des activités criminelles transnationales. Les faits reprochés incluent la contrebande, le trafic d’organes humains et le blanchiment d’argent, en lien étroit avec le commerce de cocaïne et d’anguilles.
Cette décision, rendue publique par l’ANAPRA dans une note en date du 30 mai 2025, fait écho à de nombreuses dénonciations portées par des organisations de la société civile, des journalistes d’investigation, ainsi que des personnalités politiques haïtiennes et internationales.
Selon les informations recueillies par le RHAJAC, les noms de Betty Lamy et Fritz Richardson Junior, tout comme celui de Walson Sanon, sont associés à un vaste réseau criminel opérant sous couverture d’activités liées à la pêche. Le commerce d’anguilles — un secteur sous tutelle du ministère de l’Agriculture — aurait été détourné à des fins illicites, notamment pour faciliter l’exportation d’organes humains, de drogue et de fonds blanchis, vers des destinations incluant la République dominicaine et la Chine.
Des complicités politiques dénoncées
Le RHAJAC dénonce à nouveau le rôle de l’ancien sénateur Moïse Jean-Charles, accusé d’avoir orchestré la concession du monopole sur la direction de la pêche en Haïti à ce groupe, sans transparence ni contrôle. L’organisation pointe également du doigt l’absence persistante d’enquête officielle, malgré les alertes lancées par des instances internationales.
En effet, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a déjà émis plusieurs mises en garde concernant les dérives observées dans le secteur de la pêche, en particulier celui de l’anguille. De plus, deux des actuels conseillers-présidents, Leslie Voltaire et Fritz Alphonse Jean, ont publiquement reconnu l’existence de réseaux de trafic d’organes opérant sur le territoire national.
Cependant, aucun suivi judiciaire n’a été entrepris par la Police nationale d’Haïti ni par le système judiciaire. Le RHAJAC attribue cette inaction à l’influence directe de Moïse Jean-Charles, dont deux proches collaborateurs occupent actuellement des postes-clés dans la gouvernance du pays : Me Emmanuel Vertilaire, représentant officiel au sein du Conseil présidentiel de transition, et Joseph Vernet, haut cadre au ministère de l’Agriculture.
Vers une demande d’enquête internationale
« La note de l’ANAPRA est pour nous une première victoire, mais elle ne saurait suffire face à l’ampleur des crimes commis et des complicités impliquées », indique le communiqué du RHAJAC. L’organisation demande instamment l’ouverture d’une enquête nationale et internationale, indépendante et impartiale, sur l’ensemble de ce réseau.
Dans un contexte où la justice semble muselée, le rôle des journalistes d’investigation, des ONG et des institutions internationales devient d’autant plus crucial. Le RHAJAC appelle également la population à rester vigilante et à continuer de dénoncer toute activité suspecte, notamment dans les secteurs liés à la pêche, à la santé et au commerce transfrontalier.
En attendant que les autorités prennent enfin leurs responsabilités, cette suspension de Betty Lamy et de Fritz Richardson Junior par l’ANAPRA constitue, selon le RHAJAC, « une lueur d’espoir dans une mer d’impunité ».



