Par la Rédaction Haitiens.org
Port-au-Prince – Dans un communiqué officiel diffusé ce lundi 22 septembre, le Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC) tire la sonnette d’alarme sur une décision gouvernementale jugée à la fois illégale, immorale et dangereuse pour l’État de droit en Haïti.
En cause : la nomination de Gérald Remplais à la tête de l’Administration générale des Douanes (AGD), malgré une ordonnance judiciaire l’impliquant dans une affaire de trafic d’armes d’une ampleur nationale, associée à l’Église épiscopale d’Haïti. Une décision prise en Conseil des ministres, avec le soutien de cinq membres du Conseil présidentiel de transition.
Selon le RHAJAC, cette nomination constitue une gifle à l’institution judiciaire haïtienne et un acte de défiance ouvert envers la justice, dans un contexte où l’impunité nourrit déjà l’effondrement de la gouvernance publique.
Une nomination sous haute tension judiciaire
Ce qui choque, ce n’est pas seulement l’opportunité politique douteuse de cette nomination, mais le caractère judiciaire du dossier de Gérald Remplais. Il ne s’agit pas ici de simples soupçons ou d’une enquête en cours : un juge d’instruction a formellement rendu une ordonnance le liant à un réseau de trafic d’armes, une affaire qui, selon les analystes du RHAJAC, pourrait menacer directement la sécurité nationale.
Malgré la gravité des faits, le Conseil présidentiel de transition — censé représenter une forme de rupture éthique avec les pratiques antérieures — a procédé à sa nomination, puis à son installation officielle à la tête d’un organisme aussi stratégique que l’AGD.
Le message envoyé est clair : le poids judiciaire ne pèse pas lourd face aux arrangements politiques.
Une rébellion judiciaire assumée
Plus préoccupant encore : Gérald Remplais, selon plusieurs sources concordantes, aurait ignoré une convocation de la Cour d’appel, un fait que le RHAJAC qualifie de rébellion judiciaire caractérisée.
“Ce refus de comparaître est un affront direct à l’autorité de la justice haïtienne”, souligne Djovany Michel, Secrétaire général du RHAJAC. “Son nom étant formellement cité dans une ordonnance d’instruction, son insubordination constitue un crime d’une extrême gravité.”
Cette situation, déjà préoccupante sur le plan judiciaire, prend une tournure politique alarmante. Pour le RHAJAC, laisser Gérald Remplais continuer à exercer ses fonctions équivaut à légitimer la désobéissance à la justice, à fragiliser davantage les institutions et à ouvrir une brèche dans laquelle peuvent s’engouffrer d’autres figures impliquées dans des affaires criminelles.
Le RHAJAC exige des mesures fermes et immédiates
Face à ce qu’il considère comme un scandale d’État, le RHAJAC ne se contente pas d’un constat. L’organisation formule deux exigences claires :
- L’émission d’une interdiction de départ immédiate contre Gérald Remplais, afin de l’empêcher de fuir le pays et d’échapper à la justice ;
- La mise en œuvre d’une ordonnance de prise de corps, comme prévu par les articles 24, 25 et 77 du Code d’instruction criminelle haïtien, afin que l’inculpé soit arrêté et présenté devant un juge sans délai.
Ces démarches, selon le RHAJAC, ne sont pas des actes politiques, mais des obligations légales que l’État doit respecter pour maintenir une cohérence minimale dans son engagement envers la justice et la lutte contre la corruption.
Quand l’inaction devient complicité
Au-delà de la personne de Gérald Remplais, c’est la question plus vaste de la collusion entre pouvoir politique et réseaux criminels qui sont posée.
“Nul n’est au-dessus de la loi. Le silence ou l’inaction des autorités équivaudrait à une complicité de fait avec les structures qui gangrènent l’État”, avertit le RHAJAC.
La nomination de Remplais révèle un système où la justice est instrumentalisée, contournée, voire méprisée, selon les convenances politiques du moment. Et ce, alors même que les Haïtiens subissent les conséquences d’un climat d’insécurité généralisé, alimenté notamment par la circulation illégale des armes à feu.
Un test décisif pour la transition
Cette affaire pourrait bien être le premier test réel de la crédibilité du Conseil présidentiel de transition. Si celui-ci persiste dans cette décision, sans rectification ni transparence, il risque de perdre définitivement la confiance des citoyens, ainsi que celle des partenaires internationaux qui conditionnent leur appui au respect des principes de gouvernance.
De nombreux observateurs, juristes et membres de la société civile appellent déjà à une révision urgente de cette nomination. Pour eux, la réponse du pouvoir à ce scandale constituera un indicateur-clé de sa volonté (ou non) de rompre avec l’impunité historique.
Le RHAJAC : une sentinelle citoyenne
Dans un pays où la corruption se banalise, et où les journalistes sont trop souvent réduits au silence ou contraints à l’exil, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption se positionne comme une sentinelle citoyenne incontournable.
En publiant ce communiqué officiel, le RHAJAC rappelle que le devoir de vigilance ne s’arrête pas aux portes des institutions, et que chaque acte public doit être soumis à la critique, à la transparence et au contrôle de légalité.
Le combat pour la vérité et la justice, en Haïti, ne peut plus être différé.
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