En Haïti, la crise économique ne se mesure plus seulement à la flambée des prix ou à la chute vertigineuse de la gourde. Elle se lit désormais jusque dans les documents officiels des institutions publiques. Une facture pro forma émise le 11 mai 2026 par la Bibliothèque municipale de Delmas, une structure rattachée à la Mairie de Delmas, provoque aujourd’hui colère et indignation après avoir révélé une pratique de plus en plus dénoncée : la fixation des prix des services publics en dollars américains.
Le document concerne la mise à disposition d’un espace extérieur ainsi que de plusieurs équipements pour une activité prévue le 26 juillet 2026. Chaises, tables, tente, sonorisation : l’ensemble des services est facturé à hauteur de 3 700 dollars américains, avec obligation de paiement intégral avant l’événement.
Dans un pays où la gourde reste officiellement la monnaie nationale, cette décision est perçue par de nombreux citoyens comme une humiliation institutionnelle et une preuve supplémentaire du profond désordre économique qui gangrène l’administration publique. Alors que la majorité de la population est payée en gourdes et lutte quotidiennement contre l’inflation et la misère, voir une mairie exiger des paiements en devise étrangère suscite une vive incompréhension.
Pour plusieurs observateurs, cette pratique traduit une faillite inquiétante de l’État dans sa mission de protection de la souveraineté économique nationale. Une administration publique qui abandonne sa propre monnaie envoie un signal extrêmement dangereux à la société, en normalisant progressivement une économie parallèle dominée par le dollar américain.
Cette situation soulève aussi des questions sur la légalité et l’éthique administrative d’une telle démarche. Des citoyens dénoncent une forme de discrimination économique qui exclut une grande partie de la population de certains services publics, désormais indexés sur une devise inaccessible pour la majorité des Haïtiens.
Au-delà du montant réclamé, c’est surtout le symbole qui scandalise. Dans un pays frappé par l’effondrement des institutions, la violence des gangs armés et une pauvreté généralisée, beaucoup considèrent qu’il est indécent de voir des structures publiques adopter des pratiques qui accentuent encore davantage la fracture sociale.
Cette affaire remet brutalement sur la table le débat autour de la dollarisation progressive de l’économie haïtienne. Car pendant que la gourde perd chaque jour un peu plus de sa valeur, certaines institutions semblent déjà avoir choisi leur camp, celui du dollar, au détriment d’une population abandonnée à sa détresse économique.
Face à la polémique grandissante, plusieurs citoyens et acteurs de la société civile réclament des explications claires de la part de la Mairie de Delmas et appellent les autorités de l’État à mettre fin à ce qu’ils qualifient de dérive institutionnelle grave et irrespectueuse envers le peuple haïtien.




