Les révélations faites par le directeur général de l’Office national d’identification (ONI), Reynold Guerrier, continuent de soulever des interrogations. Invité de Radio Magik 9, le 3 juillet 2026, le responsable de l’institution a reconnu qu’environ 6,5 millions de Cartes d’identification nationale (CIN) avaient été produites avec un matériau défectueux, à l’origine de leur détérioration prématurée.
Pendant plusieurs années, des milliers de citoyens ont pourtant été amenés à croire que les cartes qui se décollaient, s’effaçaient ou devenaient illisibles étaient mal conservées. Aujourd’hui, l’ONI reconnaît que le problème ne venait pas des usagers, mais bien du support utilisé lors de la fabrication.
Selon Reynold Guerrier, les analyses effectuées par l’institution ont démontré que même des cartes soigneusement conservées présentaient des défauts de laminage. Face à ce constat, l’ONI affirme avoir mis fin à sa collaboration avec la firme allemande Dermalog et confié la fabrication des nouvelles cartes à la société française IN Groupe.
Le directeur général assure également que les citoyens concernés pourront faire réimprimer gratuitement leur carte, sans nouvel enrôlement, puisque leurs données biométriques sont toujours conservées dans le système.
Mais au-delà du remplacement des cartes, une question s’impose : qui répondra de ce préjudice ?
Si près de 6,5 millions de cartes ont effectivement été fabriquées avec un matériau inadéquat, comment expliquer qu’aucune poursuite judiciaire n’ait été annoncée contre le fournisseur ? L’ONI révèle avoir obtenu une compensation limitée à 100 000 cartes, un chiffre qui paraît dérisoire au regard de l’ampleur du problème.
Cette compensation est-elle réellement proportionnelle aux pertes subies par l’État haïtien ? Qui assumera le coût de la réimpression de plusieurs millions de documents officiels financés par les contribuables ?
Autre interrogation : des clauses de garantie existaient-elles dans le contrat signé avec Dermalog ? Si oui, pourquoi l’État haïtien ne cherche-t-il pas à obtenir réparation devant les tribunaux ? Si non, comment un marché d’une telle importance a-t-il pu être conclu sans mécanisme de protection suffisant ?
Le dossier soulève également la question des responsabilités administratives. Qui avait validé la qualité de ces cartes avant leur distribution à travers le pays ? Des tests de conformité avaient-ils été réalisés avant la production à grande échelle ?
Le débat s’est encore intensifié quelques jours plus tard. Le 7 juillet 2026, après les nombreuses réactions suscitées par les déclarations du directeur général, l’ONI a publié un communiqué pour apporter des précisions. L’institution y affirme n’avoir jamais demandé à l’ensemble de la population de refaire sa carte d’identité. Elle insiste sur le fait que seules les cartes présentant un défaut matériel peuvent être réimprimées gratuitement et que toutes les autres demeurent valides jusqu’à leur expiration.
Ce communiqué a toutefois laissé perplexes plusieurs observateurs. Pourquoi avoir attendu plusieurs jours pour préciser un message qui avait déjà provoqué autant de confusion ? S’agissait-il d’un simple malentendu ou d’une tentative de calmer les inquiétudes face à une communication qui avait semé le doute chez des milliers de citoyens ?
Au-delà de cette mise au point, les questions essentielles demeurent sans réponse. Pourquoi aucune procédure judiciaire n’a-t-elle été annoncée contre la firme responsable de la fabrication des cartes défectueuses ? Pourquoi l’État semble-t-il se satisfaire d’une compensation de seulement 100 000 cartes alors que des millions de documents sont concernés ? Qui assumera les coûts logistiques, administratifs et financiers liés à cette vaste opération de remplacement ?
Dans n’importe quel autre secteur, une entreprise ayant livré des millions de produits défectueux ferait face à des réclamations importantes, voire à des poursuites judiciaires. Pourquoi ce principe ne s’appliquerait-il pas lorsqu’il s’agit d’un document aussi essentiel que la carte d’identité nationale ?
Car au fond, cette affaire dépasse la simple question de la qualité du plastique utilisé. Elle touche à la gestion des contrats publics, à la protection des fonds de l’État et au devoir de reddition de comptes. Les citoyens sont aujourd’hui invités à faire remplacer gratuitement leur carte. Mais une autre question reste entière : qui remplacera les millions de gourdes perdues si aucune responsabilité n’est établie ?




