La décision de transférer l’ensemble des policiers affectés au commissariat de Delmas vers d’autres régions du pays continue de provoquer des réactions au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH). Mais au-delà de la colère syndicale et des débats sur la méthode utilisée par le haut commandement, une question beaucoup plus sérieuse mérite d’être posée : et si certains policiers étaient réellement impliqués dans des réseaux criminels ?
L’information sur le déplacement massif des effectifs du commissariat de Delmas a été confirmée par Garry Jean-Baptiste, coordonnateur du Syndicat de la Police nationale d’Haïti (SPNH-17). Le syndicat critique cette décision collective et demande au commandement de revoir sa position.
Mais dans une institution aussi sensible que la PNH, le débat ne devrait pas seulement porter sur le transfert des policiers. Il devrait également porter sur ce qui a conduit les autorités à prendre une mesure aussi lourde.
S’il existe des soupçons concernant des policiers dans des affaires de kidnapping, pourquoi ne pas ouvrir des enquêtes individuelles ? Pourquoi ne pas examiner leurs communications, leurs relations, leurs mouvements financiers et, lorsque cela est légalement possible, leur patrimoine ?
Une autre question mérite également d’être posée : comment certains agents dont le salaire reste relativement limité arrivent-ils parfois à afficher un train de vie, des biens ou des dépenses qui semblent dépasser ce que leurs revenus officiels permettraient normalement de justifier ?
Il ne s’agit pas d’accuser tous les policiers. Ce serait injuste et dangereux. Il existe au sein de la PNH des agents qui risquent leur vie quotidiennement pour protéger la population et qui vivent avec des moyens modestes.
Mais lorsqu’un policier possède des biens importants, accumule un patrimoine difficile à expliquer ou affiche un train de vie manifestement disproportionné par rapport à ses revenus, cela ne constitue pas automatiquement une preuve de criminalité, mais cela peut constituer un signal qui mérite d’être vérifié.
Et cette vérification ne devrait pas s’arrêter au patrimoine.
Avec qui certains policiers entretiennent-ils des relations ? Qui fréquentent-ils ? Existe-t-il des liens avec des personnes recherchées ou des réseaux criminels ? Des informations confidentielles de la PNH ont-elles été communiquées à des groupes armés ? Des policiers ont-ils facilité certains enlèvements ? Ont-ils reçu de l’argent ou d’autres avantages en échange de services ?
Ce sont précisément les questions qu’une enquête professionnelle doit permettre de trancher.
Quant à l’argument selon lequel « la police n’est pas une boutique », il peut être entendu. Mais la PNH n’est pas non plus un espace où les soupçons graves doivent être enterrés pour protéger l’image de l’institution.
Si certains policiers sont innocents, l’enquête peut justement permettre de les blanchir.
Et s’ils sont coupables, la population doit savoir que l’uniforme ne constitue pas une protection contre la justice.
La population mérite des réponses.
Pourquoi tout le personnel du commissariat a-t-il été transféré ? Quelles informations ont conduit à cette décision ? Des enquêtes individuelles sont-elles en cours ? Les autorités vérifient-elles le patrimoine des policiers concernés ? Et surtout, si des complicités existent réellement dans les dossiers de kidnapping, jusqu’où remonte la chaîne de responsabilité ?
Parce qu’au fond, le problème n’est pas de savoir si un policier doit être déplacé de Delmas vers une autre région.
Le vrai problème est de savoir si certains individus utilisent encore l’uniforme censé protéger la population pour, au contraire, la mettre en danger.
Et seule une enquête sérieuse, indépendante et fondée sur des preuves pourra répondre à cette question.



