À force de communiqués polis, de sourires diplomatiques et de photos officielles, une réalité brutale est en train de s’imposer : la communauté internationale semble avoir choisi la stabilité de façade plutôt que la dignité du peuple haïtien. Le récent soutien affiché à l’égard du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé en est l’illustration la plus troublante.
Alors que le pays s’enfonce dans l’insécurité, la misère et la paralysie institutionnelle, les partenaires étrangers continuent de traiter avec un exécutif largement contesté, comme si l’adhésion populaire était devenue secondaire, voire inutile.
Un Premier ministre maintenu malgré l’échec
Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé n’a pas réussi à produire les résultats attendus. Les gangs étendent leur emprise, l’économie s’étiole, l’administration publique fonctionne au ralenti, et la population vit dans une angoisse permanente.
Pourtant, au lieu d’exiger des comptes, certains acteurs internationaux persistent à renforcer politiquement un Premier ministre en difficulté, donnant l’impression qu’en Haïti, l’échec n’est pas sanctionné, il est récompensé.
Cette attitude nourrit une colère sourde : comment expliquer que ceux qui se disent défenseurs de la démocratie soutiennent un pouvoir que le peuple ne reconnaît plus ?
La diplomatie contre la volonté populaire
La présence répétée de diplomates européens aux côtés du chef du gouvernement est perçue par beaucoup comme un message clair : peu importe la souffrance des Haïtiens, tant que l’ordre minimal est préservé.
Cette logique technocratique réduit Haïti à un simple dossier sécuritaire ou migratoire, effaçant sa dimension humaine, sociale et historique. Le pays n’est plus vu comme une nation souveraine, mais comme un problème à contenir.
En agissant ainsi, la communauté internationale contribue à affaiblir davantage la légitimité de l’État, en donnant le sentiment que le pouvoir réel ne se trouve ni dans les institutions haïtiennes ni dans la volonté populaire, mais dans les chancelleries étrangères.
Une gouvernance déconnectée et protégée
Protégé par ce soutien extérieur, le Premier ministre semble évoluer dans une bulle politique, à distance des réalités quotidiennes. Les cris des déplacés internes, les plaintes des commerçants ruinés, les appels des parents incapables de scolariser leurs enfants semblent se perdre dans le bruit feutré des salons diplomatiques.
Cette déconnexion est dangereuse. Elle alimente l’idée que le gouvernement gouverne pour rassurer l’international, non pour servir la nation.
Le silence coupable de la communauté internationale
Plus grave encore, la communauté internationale reste étonnamment silencieuse face aux soupçons de mauvaise gouvernance, à l’absence de calendrier électoral crédible et au manque de transparence dans la gestion des affaires publiques.
Ce silence est perçu comme une complicité passive. En refusant de nommer les problèmes, en évitant toute critique publique sérieuse, les partenaires étrangers contribuent à la prolongation de la crise qu’ils prétendent vouloir résoudre.
Haïti n’est pas un protectorat
De plus en plus de citoyens, d’intellectuels et d’organisations de la société civile le disent clairement : Haïti ne peut continuer à être gouvernée sous perfusion internationale. Un pouvoir maintenu artificiellement, sans légitimité populaire, ne peut ni pacifier le pays ni le reconstruire.
L’histoire haïtienne a déjà montré que les solutions imposées de l’extérieur produisent rarement la stabilité durable. Elles fabriquent au contraire de la dépendance, de la frustration et, à terme, de nouvelles explosions sociales.
L’urgence d’un sursaut
Ce que réclame aujourd’hui une large partie de la population n’est ni le chaos ni la rupture violente, mais la fin de l’hypocrisie politique.
La communauté internationale doit cesser de soutenir des dirigeants en échec et accepter d’écouter le peuple haïtien.
Le Premier ministre, lui, doit comprendre qu’aucun appui extérieur ne peut remplacer la légitimité nationale.
Car un pays ne se gouverne pas avec des déclarations diplomatiques.
Il se gouverne avec la confiance de son peuple.
Et cette confiance, aujourd’hui, est gravement brisée.



