Dans plusieurs quartiers de Delmas, Pétion-Ville et d’autres zones encore relativement épargnées par la violence armée, les habitants assistent à une flambée spectaculaire des loyers. Une simple chambre se négocie parfois à un prix sept fois supérieur à celui d’un appartement en République dominicaine. Une dérive qui témoigne d’un marché immobilier complètement déconnecté de la réalité économique du pays.
La « tranquillité » relative, devenue un produit marchand
Alors que de larges portions du territoire sont sous l’emprise de groupes armés, les zones qui demeurent encore accessibles et moins exposées connaissent une pression immobilière sans précédent. Des propriétaires y voient une opportunité de profiter de la détérioration sécuritaire pour imposer des tarifs exorbitants, transformant la peur collective en argument commercial.
Pour les familles, trouver un logement relève désormais du parcours du combattant. Beaucoup cherchent simplement un endroit où mettre un proche à l’abri, un espace où un enfant pourrait étudier sans entendre les rafales comme bruit de fond. Mais cette quête légitime se heurte à une réalité féroce : plus la situation se dégrade, plus l’accès à un toit devient hors de portée.
L’absence totale de régulation publique
Face à cette inflation anarchique, aucune structure institutionnelle ne semble intervenir. Ni les mairies, ni les services de l’État n’ont pris de position ou de mesures pour encadrer les prix.
« L’État est absent », répètent les habitants interrogés, dénonçant une situation qui s’enracine dans le vide administratif et l’indifférence politique.
Cette absence de régulation laisse libre cours aux abus : loyers doublés en quelques mois, demandes de paiements anticipés sur plusieurs années, expulsions injustifiées… autant de pratiques qui fragilisent encore davantage une population déjà éprouvée.
L’éducation, autre victime collatérale
Le logement n’est pas le seul secteur à s’embraser. Les écoles situées dans des zones « relativement stables » augmentent elles aussi leurs frais à un rythme alarmant : parfois deux fois par an. Pour de nombreux parents, la scolarisation de leurs enfants – déjà compromise par l’insécurité – devient un fardeau financier insupportable.
Là encore, le ministère de l’Éducation brille par son silence. Aucun mécanisme de contrôle, aucune politique de soutien, aucune ligne directrice pour éviter qu’un service aussi essentiel soit dicté par la loi de l’offre et de la demande en pleine crise nationale.
Un pays livré à lui-même
Ce qui se joue aujourd’hui dans l’immobilier et l’éducation révèle une crise plus profonde : celle d’un pays laissé sans garde-fou, sans arbitrage étatique, sans vision sociale.
Les citoyens se sentent abandonnés, non seulement par leurs institutions, mais aussi par une communauté internationale souvent prompte à s’exprimer sur la stabilité politique, mais silencieuse sur l’effondrement quotidien des conditions de vie.
Le résultat est un sentiment d’étouffement généralisé : impossibilité de se loger, difficulté à scolariser les enfants, peur omniprésente, coût de la vie qui explose. Une population qui ne demande pourtant que l’essentiel : sécurité, éducation, dignité.



