La République Dominicaine poursuit sans relâche ses vagues d’expulsions de migrants haïtiens, souvent dans des conditions jugées inhumaines par plusieurs organisations de défense des droits humains. Selon le dernier rapport du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GAAR), rendu public ce jeudi 17 juillet, plus de 22 800 Haïtiens ont été rapatriés ou refoulés vers Haïti durant le seul mois de juin 2025.
D’après les chiffres publiés, 22 878 personnes ont été expulsées, dont 20 968 via des retours dits “spontanés” et 8 841 cas de refoulement. Le terme « retour spontané », souvent controversé, désigne en réalité des personnes qui quittent le territoire dominicain sous la pression des autorités, sans qu’une procédure officielle ne soit engagée. Le reste correspond à des expulsions forcées, généralement brutales.
Parmi les personnes concernées figurent des groupes particulièrement vulnérables : 334 mères allaitantes, 98 femmes enceintes, 38 femmes en post-césarienne, 993 mineurs non accompagnés et 133 personnes vivant avec un handicap. Un tableau alarmant qui met en lumière la précarité et la détresse humanitaire que traverse cette population.
Le GAAR, qui assure une présence constante aux principaux points frontaliers haïtiano-dominicains, a pu offrir une assistance d’urgence à 1 321 migrants rapatriés, dont 474 femmes, 195 filles, 184 garçons et 473 hommes. Selon Sam Guillaume, responsable de communication de l’organisation, ces personnes ont reçu un accompagnement psycho-social, des kits hygiéniques et, pour les plus vulnérables, un abri temporaire.
Une structure débordée par l’ampleur des expulsions
Malgré les efforts déployés, le GAAR se dit submergé par l’afflux massif et quotidien de migrants. L’organisation souligne un manque cruel d’infrastructures adaptées et d’espace d’accueil, ainsi que l’absence de réponse adéquate de l’État haïtien, dont les dispositifs aux frontières restent largement insuffisants.
Face à cette urgence humanitaire, le GAAR lance un appel pressant à la mobilisation de ressources, notamment financières, pour intensifier l’assistance aux migrants rapatriés et mettre en place des structures d’accueil dignes.
« Nous faisons face à une crise silencieuse. Ces personnes arrivent dans un état de vulnérabilité extrême, souvent après avoir été humiliées, brutalisées, voire traumatisées », alerte M. Guillaume.
Une politique migratoire dominicaine de plus en plus répressive
Depuis plusieurs années, les autorités dominicaines ont durci leur politique migratoire à l’égard des ressortissants haïtiens, souvent sans distinction entre régularisés et sans-papiers. Les opérations se multiplient, parfois au mépris des droits fondamentaux : arrestations arbitraires, rafles dans les rues, expulsions depuis des domiciles privés, des chantiers, voire depuis les hôpitaux.
Des témoignages recueillis par des ONG font état de violences systématiques. Des migrants affirment avoir été passés à tabac ou dépouillés par les agents de l’immigration. Des femmes enceintes ont été arrêtées sans ménagement, certaines auraient même été victimes de viols lors de leur détention, selon des rapports préliminaires non encore confirmés par une enquête indépendante.
Un contexte humanitaire tendu en Haïti
Le retour de ces milliers de migrants survient dans un contexte socio-économique déjà tendu en Haïti, confronté à l’insécurité, à l’instabilité politique et à une grave crise humanitaire. Les structures d’accueil sont débordées, et peu de perspectives d’intégration ou de réinsertion existent pour ces rapatriés, qui arrivent souvent sans ressources ni attaches.
Dans ce contexte, les observateurs craignent une crise migratoire interne, avec l’installation de milliers de rapatriés dans des camps informels, sans accès à l’eau potable, à l’éducation ni aux soins de santé.
Une réponse internationale attendue
Face à la détérioration rapide de la situation, les appels à l’intervention de la communauté internationale se multiplient. Plusieurs voix s’élèvent pour exiger une mission d’observation des droits humains à la frontière, une pression diplomatique sur les autorités dominicaines et un soutien accru aux ONG locales.
En attendant, ce sont des milliers d’Haïtiens, hommes, femmes et enfants, qui continuent de traverser la frontière dans le dénuement le plus total, chassés d’un pays qui les rejette, vers un autre qui n’est pas prêt à les accueillir.


