Le voile est tombé. Alors que les autorités américaines avaient choisi de ne divulguer aucun nom, plusieurs médias d’influence aux États-Unis — Miami Herald et Associated Press — ont confirmé l’identité de la personnalité visée par les récentes mesures américaines. Ce mardi 25 novembre 2025, Fritz Alphonse Jean, représentant de l’accord de Montana au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), a lui-même reconnu avoir été frappé par des restrictions de Washington.
Selon des responsables américains cités par l’AP, ces mesures seraient liées à des accusations affirmant que l’économiste aurait « soutenu un groupe criminel armé en Haïti ». Aucune preuve n’a été rendue publique. Le gouvernement américain, fidèle à sa ligne habituelle, n’a commenté ni les dossiers individuels ni les critères spécifiques ayant motivé cette décision.
Un bras de fer diplomatique qui couvait depuis des mois
Dans un entretien accordé à l’Associated Press, Fritz Alphonse Jean décrit un climat de pressions croissantes autour du fonctionnement interne du CPT, notamment depuis que des discussions ont été engagées sur un éventuel changement à la tête du gouvernement de transition.
Il affirme que plusieurs membres du Conseil auraient reçu des avertissements informels provenant de diplomates américains et canadiens :
« Depuis que nous avons commencé à discuter d’un changement de chef du gouvernement, des membres du CPT ont commencé à recevoir des menaces d’annulation de visa et de sanctions », a-t-il déclaré à l’AP.
« On nous a dit clairement que si nous n’abandonnions pas ce projet, nous serions confrontés à des mesures ciblées. »
Aucune ambassade concernée n’a confirmé ces allégations, mais elles ravivent un débat ancien : le poids des acteurs internationaux dans la vie politique haïtienne, et la fine frontière entre influence diplomatique et ingérence perçue.
Un conseiller contesté mais déterminé
Ces sanctions — dont la nature exacte n’a pas encore été détaillée — tombent dans un moment critique pour le CPT, déjà fragilisé par les divisions internes et l’effondrement progressif de son autorité.
Accusé par Washington d’avoir entravé les efforts contre les gangs, Fritz Alphonse Jean rejette catégoriquement ces affirmations. Il y voit plutôt une tentative de pression destinée à affaiblir toute initiative réformiste susceptible de déranger des intérêts puissants :
« Je resterai ferme dans la lutte contre la corruption, contre ceux qui prennent l’État en otage, contre les opérateurs impliqués dans le trafic de drogue, d’armes et de munitions », a-t-il assuré.
Une déclaration qui marque une escalade dans un climat politique déjà inflammable et ouvre de nouvelles interrogations sur les rapports de force à l’intérieur même du Conseil présidentiel.
Un signal politique lourd de conséquences
Pour plusieurs observateurs, cette séquence révèle surtout la vulnérabilité d’un processus de transition qui peine à s’affirmer.
Le fait que des mesures américaines touchent l’un des membres les plus visibles du CPT risque d’alimenter :
- les accusations d’ingérence étrangère,
- les fractures internes au sein du Conseil,
- l’instabilité institutionnelle,
- et la méfiance croissante de la population envers ses dirigeants comme envers ses alliés internationaux.
En l’absence d’explications détaillées de Washington, le débat risque de se polariser encore davantage. Et dans un pays où la moindre déflagration politique a des effets immédiats sur la sécurité et la vie quotidienne, cet épisode pourrait bien ouvrir une nouvelle zone de turbulence.



