Une nouvelle controverse vient agiter les couloirs déjà fragiles du Conseil présidentiel de transition (CPT), alors que le pays peine à sortir de l’impasse politique et sécuritaire qui le ronge. Cette fois, c’est le pasteur Frinel Joseph, membre non votant du CPT, qui se retrouve au cœur d’une polémique liée à un voyage officiel prévu dans quatre pays, en compagnie d’une délégation de 20 personnes, pour une durée de dix jours. Selon le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), ce déplacement serait financé entièrement par les deniers publics.
Dans un contexte de crise multiforme — insécurité galopante, effondrement des institutions, misère généralisée — ce voyage suscite l’indignation d’une grande partie de la population ainsi que celle d’acteurs de la société civile. Le RNDDH ne mâche pas ses mots : « Le sang du peuple continue d’être pompé par ces manœuvres politiques injustifiables », dénonce l’organisme, qui exige des explications publiques et un audit transparent des fonds alloués à cette mission diplomatique.
Une mission floue dans un contexte d’urgence nationale
Le pasteur Frinel Joseph n’a pas encore communiqué officiellement sur les objectifs précis de cette tournée internationale. D’après certaines sources proches du Conseil, il s’agirait de rencontres avec des partenaires internationaux, dans le cadre d’un processus de plaidoyer pour le retour à l’ordre constitutionnel. Mais pour de nombreux observateurs, l’opacité entourant ce voyage soulève de sérieuses interrogations.
« Quel est le but réel de cette mission ? Pourquoi une délégation aussi nombreuse ? Quels sont les résultats escomptés pour le peuple haïtien ? », S’interroge une citoyenne de Port-au-Prince, visiblement exaspérée par ce qu’elle considère comme une fuite en avant, loin des priorités urgentes du pays.
Pendant ce temps, les quartiers populaires continuent de vivre sous la terreur des gangs armés, l’inflation étrangle les ménages, et les institutions sont au bord de l’effondrement total. Pour beaucoup, ces voyages officiels apparaissent comme un luxe inutile, une déconnexion totale d’avec la réalité du pays.
Le CPT sous pression
Depuis sa mise en place, le Conseil présidentiel de transition n’a cessé d’accumuler les critiques : manque de transparence, lenteur des décisions, absence de résultats concrets. La situation sécuritaire reste hors de contrôle, malgré l’annonce imminente du déploiement d’une mission internationale d’appui à la sécurité. Les élections, quant à elles, restent un mirage lointain.
L’affaire Frinel Joseph vient donc ajouter une nouvelle couche à la défiance populaire qui entoure le CPT. « Ce n’est pas juste une question de voyage. C’est une question de respect, de responsabilité, de justice envers un peuple brisé », commente un analyste politique.
Et le peuple dans tout cela ?
« Qui peut encore porter secours à ce peuple torturé, ruiné, abandonné dans la misère et la peur, appauvri par ses propres dirigeants ? », s’indigne une mère de famille rencontrée à Carrefour. Cette question résonne douloureusement dans tous les recoins du pays. Le fossé entre les élites politiques et les réalités du quotidien ne cesse de se creuser, menaçant la fragile cohésion sociale.
Face à cette situation, le RNDDH appelle à une réforme en profondeur des pratiques politiques, à un renversement des priorités et à une écoute réelle des aspirations populaires. Car tant que les dirigeants continueront de servir leurs intérêts au détriment de ceux du peuple, aucune transition ne pourra réellement porter ses fruits.



