Ces dernières semaines, des milliers d’habitants commencent à regagner leurs quartiers dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, après des mois, voire des années, de déplacement forcé. Des zones autrefois gangrenées par la violence armée — Solino, Delmas 30, Nazon, Christ-Roi — voient réapparaître des visages familiers, des familles entières qui retrouvent leurs maisons ou ce qu’il en reste.
Mais derrière ce retour présenté comme un “signe d’apaisement”, se cacherait un accord politique lourd de conséquences.
Selon une publication du journaliste Djovany Michel, les groupes armés de la coalition “Viv Ansanm”, qualifiés de terroristes par plusieurs observateurs, auraient entamé cette ouverture en vertu d’un accord passé avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. L’objectif : instaurer un climat de sécurité apparent en vue de prochaines élections nationales.
“Comme nous l’avions annoncé plusieurs mois auparavant, les terroristes de la coalition “Viv Ansanm” commencent à permettre le retour volontaire des milliers d’habitants dans les quartiers qu’ils avaient occupés… suite à une entente avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé afin de donner un sentiment de sécurité dans l’objectif d’organiser des élections“, a écrit Djovany Michel sur son compte X (anciennement Twitter) ce mercredi matin.
Une paix de façade ?
Sur le terrain, les témoignages sont mitigés. Si certains habitants expriment leur soulagement, d’autres redoutent un piège politique : “Ils nous laissent revenir, mais pour combien de temps ? Et à quel prix ?”, s’interroge un père de famille revenu récemment à Delmas 30.
Des responsables de la société civile craignent une stratégie de “normalisation de la terreur” : les gangs ne seraient pas désarmés, ni démantelés, mais simplement en pause, en attente d’un retour d’ascenseur politique.
Une amnistie en préparation ?
Le plus troublant dans cette manœuvre reste ce que révèle Djovany Michel dans la suite de son tweet. Une source au sein de la présidence du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) aurait confirmé qu’en cas de victoire de leur candidat désigné, Olivier Barreau, une amnistie serait accordée aux membres de la coalition armée.
“Notre source au sein de la présidence du CPT nous confirme qu’après les élections, le président qu’ils prévoient élu, Olivier Barreau, leur accordera l’amnistie.“
Si cette information venait à se confirmer, elle constituerait un précédent dangereux dans l’histoire politique du pays : la réhabilitation officielle de criminels notoires, en échange de stabilité temporaire et de soutien électoral.
Une démocratie sous condition ?
Cette stratégie soulève des questions fondamentales : jusqu’où un gouvernement peut-il aller pour rétablir un climat électoral ? Faut-il pactiser avec ceux-là mêmes qui ont provoqué l’exode de dizaines de milliers de citoyens, détruit des quartiers entiers, et plongé la capitale dans un chaos sans précédent ?
Certains analystes dénoncent un retour aux logiques clientélistes et mafieuses qui ont longtemps miné les institutions haïtiennes. D’autres y voient un mal nécessaire, dans un pays où l’État peine à exister face à la puissance logistique et territoriale des groupes armés.
Alors que la date des élections n’a pas encore été officiellement annoncée, la méfiance s’installe. Le peuple haïtien, éreinté par les violences, les déplacements, les promesses non tenues, doit désormais naviguer dans une réalité encore plus ambiguë : vivre en paix, mais aux conditions de ceux qui ont imposé la guerre.
L’histoire jugera. Mais en attendant, la République continue, avec ses contradictions, ses douleurs, et une population qui, malgré tout, garde espoir.
Article rédigé par Amoureux de la sagesse, avec comme source principale :
Tweet de Djovany Michel (@DjovanyMICHEL01)



