Par Amoureux de la sagesse
Dans un tweet publié ce matin, le journaliste anti-corruption Djovany Michel a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il qualifie de “climat de violence systémique” envers les immigrés en République dominicaine. Il parle sans détour : “La République dominicaine s’impose aujourd’hui comme l’un des pays les plus dangereux pour les immigrés, surtout les femmes enceintes.” Une déclaration lourde de sens, alors que les tensions migratoires ne cessent de s’intensifier entre l’île et ses voisins, notamment Haïti.
Des violences signalées au quotidien
Dans son message, Michel décrit une réalité glaçante : “Les immigrés, sans distinction de sexe ni d’âge, sont quotidiennement exposés à des viols et des vols, perpétrés non seulement par des criminels, mais aussi par des membres de la police, de l’armée et des agents d’immigration.”
Ces accusations ne sont pas isolées. Depuis plusieurs mois, des ONG locales et internationales signalent une montée des exactions contre les populations migrantes, en particulier les ressortissants haïtiens. Ces derniers représentent une part importante de la main-d’œuvre non déclarée en République dominicaine, et font depuis longtemps l’objet d’une stigmatisation politique et sociale.
Le tweet du journaliste va plus loin : il évoque des agressions visant spécifiquement les femmes enceintes, dont certaines seraient expulsées de force sans accès aux soins médicaux, en violation des conventions internationales relatives aux droits humains et à la santé reproductive.
Un appel à la vigilance et à la responsabilité
Djovany Michel, connu pour ses prises de position contre la corruption et l’impunité en Haïti comme ailleurs dans la région, ne se contente pas de décrire. Il appelle à la plus grande vigilance, recommandant même d’éviter la République dominicaine pour les migrants, en particulier les plus vulnérables.
“Nous dénonçons avec force ces traitements inhumains et alertons la communauté internationale”, écrit-il, accusant les dirigeants dominicains de “mettre gravement en péril la vie et la dignité des plus vulnérables”.
Ces mots font écho aux conclusions récentes de plusieurs rapports de Human Rights Watch et d’autres observateurs internationaux, qui documentent des rafles arbitraires, des détentions prolongées dans des centres insalubres, et des refoulements illégaux, y compris de mineurs non accompagnés et de femmes sur le point d’accoucher.
Silences diplomatiques et crispations politiques
Malgré l’ampleur des témoignages, la communauté internationale reste relativement silencieuse. L’Organisation des États américains (OEA) et les Nations unies ont bien publié quelques communiqués d’inquiétude, mais sans mesures concrètes à ce jour. En République dominicaine, les autorités rejettent régulièrement ces accusations, arguant d’un droit souverain de contrôler leur territoire et dénonçant une “campagne de dénigrement”.
Pourtant, sur le terrain, le contraste est saisissant. De nombreux hôpitaux refusent désormais de soigner des femmes sans papiers. D’autres sont arrêtées à la sortie des maternités. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des familles séparées, des enfants livrés à eux-mêmes.
Une crise qui en dit long sur les fractures régionales
Au-delà du cas dominicain, c’est tout un pan de l’Amérique latine et des Caraïbes qui se retrouve confronté à une crise migratoire silencieuse, où les droits fondamentaux sont souvent les premières victimes. Les causes sont multiples : effondrement économique, insécurité, catastrophes naturelles, instabilité politique.
Mais ce qui alarme Djovany Michel et d’autres journalistes indépendants, c’est le traitement réservé à ceux qui fuient. Dans un monde où l’exil devient de plus en plus fréquent, les politiques migratoires se durcissent, souvent sous la pression populaire ou électorale, au détriment de la dignité humaine.
“Ce n’est plus un fait divers. C’est une politique.”
Pour Michel, il ne s’agit plus d’exceptions tragiques, mais d’un système organisé d’exclusion et de déshumanisation. “Ce n’est plus un fait divers. C’est une politique”, confie-t-il dans un message privé que nous avons pu consulter. “Le silence tue autant que les actes eux-mêmes.”
Alors que la République dominicaine s’apprête à entrer en campagne électorale, la question migratoire risque une fois de plus d’être exploitée politiquement. Mais pour ceux qui vivent la peur au ventre, cette instrumentalisation a des conséquences bien réelles.
Vers un sursaut international ?
Face à ces accusations, la question demeure : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand la communauté internationale détournera-t-elle le regard ? Jusqu’à quand les voix des journalistes comme Djovany Michel resteront-elles marginalisées ?
L’image d’une femme enceinte en détresse, expulsée sans soins ni droits, devrait suffire à réveiller les consciences. Encore faut-il que ces images parviennent à franchir les murs de l’indifférence.



