À mesure que l’échéance du 7 février 2026 approche, une question s’impose dans le débat public haïtien : qui peut encore prétendre diriger une nouvelle transition après l’échec manifeste de l’actuelle ? Pour de nombreux observateurs, la réponse est claire. Les partis politiques influents — Pitit Dessalines, Fanmi Lavalas, le PHTK et d’autres formations ayant placé ou soutenu des représentants au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT) — ne peuvent raisonnablement revenir aux commandes. On ne corrige pas un naufrage en confiant la barre à ceux qui ont participé à l’échec.
Depuis la mise en place du CPT, le pays s’est davantage enfoncé dans la crise. Loin d’apaiser la situation, la transition a coïncidé avec une dégradation accélérée de la sécurité, de la gouvernance et des conditions de vie. Voici sept raisons majeures avancées par de nombreux acteurs de la société civile pour justifier l’exclusion de ces partis d’un futur gouvernement de transition.
1. Une responsabilité politique directe dans l’échec du CPT
Les représentants du CPT ne sont pas arrivés par hasard. Ils sont issus de partis politiques précis, soutenus, désignés ou légitimés par ces structures. Lorsque la transition échoue, la responsabilité ne peut être dissociée de ceux qui ont choisi les acteurs, défini les compromis et validé les orientations. Se présenter à nouveau comme solution après avoir participé au problème pose une question de crédibilité politique élémentaire.
2. Une insécurité aggravée et un territoire perdu
Sous le CPT, les groupes armés ont étendu leur contrôle à des zones auparavant épargnées. Des axes stratégiques sont devenus impraticables, des villes partiellement paralysées, des quartiers vidés de leurs habitants. Aucun plan de sécurité cohérent n’a été imposé, aucun chef de gang majeur n’a été durablement neutralisé. Pour beaucoup, la transition a été synonyme de recul de l’autorité de l’État.
3. Des accusations graves jamais élucidées
Trafic d’organes, pillage des ressources publiques, détournements, collusions présumées avec des réseaux criminels : les accusations se sont multipliées sans que des enquêtes crédibles n’aboutissent. Le silence institutionnel et l’absence de poursuites sérieuses ont renforcé un sentiment d’impunité généralisée. Dans un tel contexte, permettre aux mêmes forces politiques de revenir au pouvoir reviendrait à banaliser ces dérives.
4. Une gouvernance sans résultats concrets
Routes impraticables, hôpitaux à bout de souffle, écoles fermées, déplacés livrés à eux-mêmes : la transition n’a pas apporté de réponses tangibles aux urgences nationales. Les promesses ont été nombreuses, les résultats quasi inexistants. Gouverner, ce n’est pas seulement occuper des sièges, c’est produire des effets visibles sur la vie des citoyens.
5. Une rupture totale avec la population
Jamais le fossé entre les gouvernants et la population n’a semblé aussi profond. Les décisions sont perçues comme imposées d’en haut, souvent sous influence internationale, sans consultation réelle des citoyens. Cette déconnexion nourrit la colère, la méfiance et le rejet global de la classe politique traditionnelle.
6. Une transition devenue un mécanisme de survie politique
Pour plusieurs partis, la transition est apparue moins comme un passage vers la stabilité que comme un moyen de se repositionner, de préserver des intérêts et de préparer l’après. L’État est alors perçu non comme un outil au service du bien commun, mais comme une ressource à contrôler. Cette logique est incompatible avec une transition crédible.
7. Le principe fondamental de responsabilité
Dans toute démocratie fonctionnelle, l’échec a un coût politique. Il entraîne un retrait, une remise en question, parfois une mise à l’écart temporaire. En Haïti, ce principe n’a jamais été pleinement appliqué. Pourtant, sans responsabilité, il n’y a ni renouvellement ni confiance possible.
Changer de visages pour changer de cap
Refuser la participation des partis impliqués dans le CPT à un nouveau gouvernement de transition ne relève pas de la vengeance politique. Il s’agit d’un principe de cohérence et de survie nationale. Haïti ne peut pas se permettre une transition de plus sans rupture réelle avec les pratiques du passé.
Le pays a besoin de nouvelles figures, de profils indépendants, de compétences issues de la société civile, de la diaspora, des secteurs professionnels, sans lien direct avec les échecs récents. Continuer avec les mêmes acteurs, sous de nouveaux arrangements, reviendrait à institutionnaliser l’échec.
À ce stade, le message porté par une large frange de la population est limpide : on ne remplace pas un échec par un autre échec. Après le 7 février 2026, Haïti devra choisir entre la répétition du naufrage ou le courage d’un véritable changement.



