L’affaire dite des “vrais-faux passeports” continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique haïtienne. Le directeur de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration, Antoine Jean Simon Fénelon, a été révoqué de ses fonctions quelques jours après sa libération, intervenue le vendredi 27 mars 2026, dans un contexte marqué par de fortes controverses.
Une arrestation suivie d’une libération contestée
M. Fénelon avait été interpellé le 23 mars 2026, en même temps que neuf autres cadres de l’institution, dans le cadre d’une enquête portant sur des faits présumés de fraude liés à l’émission de passeports authentiques obtenus de manière irrégulière.
Cependant, sa remise en liberté rapide, sans comparution devant un juge d’instruction, a alimenté de nombreuses critiques. Selon plusieurs sources concordantes, cette libération serait intervenue sous pressions politiques, une accusation qui, bien que non officiellement confirmée, circule largement dans les milieux médiatiques et institutionnels.
Pour de nombreux observateurs, cette situation soulève des inquiétudes quant au respect des procédures judiciaires dans un dossier aussi sensible, touchant directement à la sécurité des documents officiels et à la crédibilité de l’État.
Une révocation ciblée et une transition partielle
À la suite de ces événements, les autorités ont décidé de révoquer uniquement le directeur général, sans annoncer de mesures similaires concernant les autres personnes interpellées.
Dans le même temps, une commission provisoire a été installée afin d’assurer la continuité administrative à la tête de la DIE. Cette structure transitoire est composée de :
- Zidor Fednel, désigné coordonnateur
- Jacques Édouard Lapierre, chargé des finances et de la coopération internationale
- James Pierre, directeur de la technologie de l’information et de la communication
Ce dernier est notamment responsable du système informatique de l’institution, un élément clé dans la gestion et la sécurisation des données liées à l’identité.
Une communication officielle limitée
Officiellement, la décision de mettre en place cette commission s’inscrirait dans une logique de réorganisation interne et de renforcement institutionnel. Toutefois, aucune précision n’a été apportée quant aux critères ayant conduit à ce choix, ni sur la durée du mandat confié à cette équipe provisoire.
Ce manque de transparence contribue à alimenter les interrogations autour de la gestion du dossier.
Une institution stratégique sous pression
La DIE occupe une place centrale dans l’architecture administrative de l’État haïtien. Elle est chargée de la gestion des flux migratoires, de la délivrance des passeports et de la protection de données sensibles liées à l’identité des citoyens.
Dans ce contexte, toute suspicion de fraude ou de dysfonctionnement interne soulève des enjeux majeurs, tant sur le plan sécuritaire qu’institutionnel.
Des zones d’ombre persistantes
À ce stade, les autorités judiciaires n’ont toujours pas communiqué sur les suites de l’enquête ni sur un éventuel calendrier de procédures. Aucune décision sur le fond de l’affaire n’a été rendue publique.
Entre arrestations, libérations controversées et mesures administratives partielles, l’affaire des “vrais-faux passeports” laisse apparaître de nombreuses zones d’ombre.
Pour une partie de l’opinion, elle constitue un test important pour la crédibilité des institutions judiciaires et la capacité de l’État à faire la lumière sur des pratiques potentiellement sensibles au cœur de son appareil administratif.



