Alors que les tensions au Moyen-Orient ne cessent de s’intensifier, l’Iran remet sur la table sa vision d’un accord nucléaire “réaliste et équilibré”. Dans une déclaration relayée par l’agence Tasnim, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a dévoilé les trois conditions fondamentales posées par Téhéran pour toute reprise sérieuse des négociations.
Un contexte gelé par les armes
Depuis la montée soudaine des hostilités régionales, les pourparlers autour du programme nucléaire iranien sont à l’arrêt. L’atmosphère diplomatique, déjà fragile, s’est brusquement figée, éclipsée par les impératifs sécuritaires. Pourtant, la question nucléaire reste un point nodal des équilibres internationaux au Moyen-Orient – un levier à la fois politique, symbolique et économique.
C’est dans ce climat d’incertitude que le diplomate iranien Abbas Araqchi a rompu le silence. Interrogé sur l’état des négociations, il a confirmé le rejet par Téhéran de la dernière proposition émise par les États-Unis. Selon lui, le texte « s’éloignait profondément des attentes et des principes de la République islamique »
« Lors des négociations, l’autre partie a présenté une proposition qui ne répondait pas à nos principes. Notre refus a été naturel et respectueux du processus de dialogue », a-t-il déclaré.
Trois conditions, un cap clair
Dans un souci de transparence rare, Téhéran a rendu public le contenu de sa propre approche. La contre-proposition iranienne, gelée à la veille de la reprise du conflit, s’articule autour de trois exigences structurantes :
- Le droit souverain de poursuivre l’enrichissement d’uranium sur le sol iranien, dans le cadre de l’utilisation civile de l’énergie nucléaire, tel que reconnu par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).
- La levée réelle et vérifiable des sanctions économiques imposées à l’Iran, qui, selon Araqchi, « ont asphyxié la population plus qu’elles n’ont influencé la politique nucléaire ».
- Une clause d’engagement clair et public à ne jamais chercher à produire ou acquérir des armes nucléaires, en cohérence avec la fatwa (décret religieux) de l’Ayatollah Khamenei et les principes constitutionnels de la République islamique.
« Si ces trois conditions sont respectées, nous pouvons envisager un accord dans un esprit de justice et de réciprocité », a insisté le vice-ministre.
L’équilibre entre défiance et ouverture
La communication iranienne, à travers cette sortie publique, tente de réaffirmer sa bonne foi dans les négociations tout en rejetant l’asymétrie des propositions occidentales. Il s’agit aussi, à demi-mot, de répondre aux accusations selon lesquelles l’Iran chercherait à gagner du temps pour avancer son programme nucléaire à des fins militaires – une thèse que Téhéran réfute vigoureusement depuis des années.
En rappelant son engagement religieux et politique contre la possession d’armes atomiques, l’Iran cherche à se démarquer d’un discours belliciste. Mais le scepticisme reste fort dans certaines capitales occidentales, notamment après l’échec du Plan d’action global commun (JCPOA) de 2015, torpillé en 2018 par le retrait unilatéral des États-Unis.
L’appel à une diplomatie sérieuse
Le message final d’Abbas Araqchi sonne comme une invitation – ou un avertissement – aux chancelleries étrangères : l’heure est à la clarté et à la volonté politique. « Les conflits en cours ne doivent pas faire oublier la nécessité du dialogue. La voie diplomatique reste la seule solution crédible et durable », a-t-il conclu.
À quelques jours d’un possible regain de discussions, la balle semble désormais dans le camp occidental, dans un climat tendu, où chaque geste compte. Au-delà des formules, ce sont la confiance, la cohérence et l’équité qui pourraient faire la différence.



