Neuf mois après sa prise de fonction en août 2025, le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, se retrouve au centre d’un débat de plus en plus intense sur l’efficacité réelle de l’appareil sécuritaire dans le pays.
Présenté au départ comme un profil capable d’insuffler un nouveau souffle à une institution fragilisée, son arrivée avait suscité un certain espoir, notamment dans un contexte marqué par une insécurité croissante et une perte de contrôle de plusieurs axes stratégiques.
Mais aujourd’hui, en fin mars 2026, le constat dressé par une partie de la population et de nombreux observateurs reste préoccupant : les routes principales demeurent largement impraticables, et certaines zones clés restent sous influence de groupes armés.
Des moyens importants, des résultats contestés
Depuis sa nomination, Vladimir Paraison dispose, selon plusieurs sources, d’un ensemble de moyens rarement réunis dans l’histoire récente de la Police nationale d’Haïti :
- appui de la force multinationale déployée depuis 2024
- collaboration avec des acteurs sécuritaires internationaux
- utilisation de drones pour des opérations de surveillance
- déploiement de véhicules blindés issus de partenariats avec des pays étrangers
- appui logistique et financier renforcé
À cela s’ajoute un environnement médiatique relativement favorable, où certains médias et plateformes numériques ont contribué à relayer une image de reprise en main progressive de la sécurité.
Cependant, malgré ces moyens, la réalité sur le terrain semble raconter une autre histoire.
Des routes toujours bloquées, un territoire fragmenté
L’un des indicateurs les plus visibles de l’échec ou du succès de la politique sécuritaire reste la circulation des citoyens.
Or, en mars 2026 :
- la route nationale reliant Port-au-Prince au nord reste intermittente et dangereuse
- plusieurs axes vers le Sud sont encore sous tension
- des zones stratégiques autour de la capitale demeurent difficiles d’accès
Pour de nombreux habitants, la question est simple :
comment parler de progrès sécuritaire quand se déplacer reste un risque quotidien ?
Une communication en décalage avec le terrain ?
Depuis plusieurs mois, des annonces d’opérations, de déploiements et d’initiatives sécuritaires sont régulièrement diffusées. Images de drones, patrouilles, interventions ponctuelles : la communication officielle met en avant une dynamique d’action.
Mais pour certains observateurs, il existe un décalage entre cette communication et la perception des citoyens.
Dans les quartiers affectés, les témoignages évoquent :
- une présence policière insuffisante
- des opérations limitées dans le temps
- un retour rapide des groupes armés après les interventions
Ce contraste alimente un sentiment de frustration, voire de désillusion.
Un système plus large que le simple leadership
Réduire la situation sécuritaire à une seule personne serait toutefois incomplet. La crise actuelle s’inscrit dans une dynamique plus large, construite sur plusieurs années :
- affaiblissement progressif des institutions
- manque de coordination entre les acteurs sécuritaires
- infiltration ou pressions exercées par des groupes armés
- crise politique persistante
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la situation s’est aggravée, rendant toute réforme structurelle particulièrement difficile.
Beaucoup de moyens, mais quelle stratégie ?
La question centrale aujourd’hui n’est plus seulement celle des moyens, mais celle de leur utilisation.
Plusieurs analystes s’interrogent :
- existe-t-il une stratégie claire et cohérente ?
- les opérations sont-elles coordonnées sur le long terme ?
- les priorités sont-elles bien définies ?
Car disposer de drones, de blindés et de soutien international ne garantit pas, à lui seul, une amélioration durable de la sécurité.
Une attente forte de résultats concrets
Neuf mois après sa nomination, Vladimir Paraison est désormais jugé non plus sur ses intentions, mais sur ses résultats.
Dans un pays où :
- les déplacés internes peinent à regagner leurs domiciles
- les activités économiques restent paralysées dans plusieurs zones
- la peur continue de structurer le quotidien
la population attend des changements visibles et durables.
Le temps des résultats
En matière de sécurité, le temps politique ne coïncide pas toujours avec le temps vécu par les citoyens.
Mais après neuf mois, une réalité s’impose :
les attentes sont élevées, et la patience commence à s’éroder.
Le défi pour la direction de la Police nationale d’Haïti est désormais clair :
transformer les moyens disponibles en résultats concrets, perceptibles et durables.
Car dans un contexte aussi fragile, une question persiste :
combien de temps encore un pays peut-il attendre avant de voir ses routes rouvertes et sa population respirer à nouveau ?



