Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (Réseau haïtien des journalistes anti-corruption – RHAJAC) a appelé, dans un communiqué publié ce 7 mars 2026, au départ du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé. L’organisation estime que le chef du gouvernement ne dispose plus de la crédibilité nécessaire pour diriger la transition politique, restaurer la sécurité nationale et organiser des élections transparentes.
Dans ce document rendu public ce samedi, le réseau affirme que la situation actuelle exige des décisions courageuses pour éviter une aggravation de la crise. « Il n’est jamais trop tôt pour dire non afin de prévenir le pire », peut-on lire dans le communiqué, qui évoque de nouvelles révélations liées à des contrats publics jugés opaques.
Des contrats dénoncés depuis plusieurs mois
Selon le RHAJAC, ces révélations viennent confirmer des inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois par plusieurs organisations de la société civile. Le réseau rappelle avoir dénoncé à plusieurs reprises l’attribution de plusieurs milliards de gourdes sous forme de subventions et de contrats à des proches du pouvoir ainsi qu’à des entreprises internationales, dans des conditions qui, selon lui, fragilisent la souveraineté de l’État haïtien.
Les préoccupations se sont intensifiées après la publication, le 5 mars 2026, d’un rapport de la Fondasyon Je Klere (FJKL). L’organisation y évoque l’existence de contrats qualifiés de « léonins », impliquant des montants considérables et confiant à des firmes étrangères certaines missions traditionnellement réservées à l’État.
Pour le RHAJAC, ces informations renforcent les interrogations autour de la gestion des affaires publiques et du recours à des structures privées pour des fonctions jugées stratégiques.
Des fonctions régaliennes confiées à des acteurs privés
Dans son communiqué, le réseau souligne que plusieurs domaines sensibles auraient été confiés à des entreprises étrangères : sécurité, gestion pénitentiaire, douanes et surveillance des frontières.
Pour les membres du RHAJAC, cette orientation pose un problème de fond dans un pays déjà fragilisé par l’instabilité politique et la crise sécuritaire.
« Déléguer des missions régaliennes de l’État à des sociétés privées étrangères constitue un précédent préoccupant », estime l’organisation, qui rappelle que ces responsabilités relèvent normalement des institutions publiques.
Le réseau souligne également le contraste entre ces contrats internationaux et la situation sociale d’une grande partie de la population, notamment des jeunes. Dans un contexte marqué par un chômage massif et un manque d’opportunités économiques, la décision d’externaliser certaines missions publiques soulève, selon le communiqué, des questions sur les priorités de l’État.
Un passé politique remis en lumière
Le RHAJAC revient aussi sur certains épisodes du parcours politique d’Alix Didier Fils-Aimé. L’organisation rappelle que lors des élections législatives de 2015, celui-ci était candidat au Sénat pour le département de l’Ouest sous la plateforme Plateforme Vérité.
Il faisait alors campagne aux côtés du professeur Jacky Lumarque, dont la candidature à l’élection présidentielle avait été écartée le 19 juin 2015 par le Conseil électoral provisoire (CEP), en raison de l’absence de décharge liée à sa gestion du Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF).
Le réseau évoque également l’octroi de trois subventions publiques de 50 millions de gourdes chacune, soit un total de 150 millions de gourdes — l’équivalent de plus d’un million de dollars américains — attribuées à Jacky Lumarque. Ces éléments, selon le RHAJAC, alimentent des soupçons de conflit d’intérêts et nécessitent des clarifications.
Appel à des enquêtes indépendantes
Face à ce qu’il qualifie d’« accumulation de décisions préoccupantes », le RHAJAC estime que la démission du Premier ministre constituerait une étape nécessaire pour restaurer la confiance dans les institutions.
L’organisation affirme que le départ d’Alix Didier Fils-Aimé permettrait notamment d’ouvrir la voie à des enquêtes indépendantes sur les contrats controversés et sur les conditions dans lesquelles ils ont été conclus.
Le réseau appelle notamment à l’intervention de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) afin d’examiner en profondeur les responsabilités éventuelles des signataires et de déterminer si les intérêts de l’État haïtien ont été respectés.
Une crise de confiance persistante
Alors que le pays continue de faire face à une grave crise sécuritaire et institutionnelle, cette nouvelle prise de position illustre la méfiance croissante d’une partie de la société civile à l’égard des autorités de transition.
Pour le RHAJAC, la question dépasse désormais la simple polémique politique : elle concerne la crédibilité de l’État, la transparence de la gestion publique et la capacité des institutions à défendre les intérêts fondamentaux de la Nation.
Le communiqué est signé par Djovany Michel, secrétaire général du réseau.




