Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT). Dans une note rendue publique ce mardi 24 juin, l’organisation accuse trois conseillers-présidents, inculpés pour corruption, de manœuvrer de concert avec Laurent Saincyr pour saboter délibérément le fonctionnement de l’exécutif au profit du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Un Conseil paralysé par l’absentéisme stratégique
Selon le RHAJAC, les conseillers Louis Gérald Gilles, Smith Augustin et Emmanuel Vertilaire multiplient les absences aux réunions du Conseil des ministres, invoquant systématiquement l’article 15.1 du décret du 27 mai 2024, qui définit le quorum nécessaire à la tenue des délibérations. Une tactique qui, selon l’organisation, vise à bloquer les prises de décision collectives en période de crise aiguë.
Cette stratégie d’obstruction serait, d’après le RHAJAC, orchestrée pour laisser les mains libres au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui chercherait à gouverner de manière unilatérale, à l’image de son prédécesseur Ariel Henry. « Pendant que la population vit dans la peur et l’incertitude, le chef du gouvernement s’accroche au pouvoir en contournant les mécanismes démocratiques », dénonce Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC.
Des drones explosifs sous contrôle politique ?
Plus inquiétant encore, le réseau de journalistes affirme que le Premier ministre retient sous son autorité exclusive une unité de drones explosifs — une technologie censée être mobilisée dans la lutte contre les gangs. Selon leurs informations, aucune action significative n’aurait été menée pour neutraliser les chefs de gangs les plus notoires, notamment Vitelhomme Innocent. « Ces drones, censés protéger la population, semblent aujourd’hui servir d’outil de pression politique ou de protection sélective », déplore le RHAJAC.
Un agenda caché pour les élections ?
Le RHAJAC affirme également que le Premier ministre serait engagé dans des négociations confidentielles avec des groupes armés dans l’optique d’un accord d’amnistie, dont l’objectif ultime serait d’organiser des élections présidentielles taillées sur mesure pour Olivier Barreau — un candidat soutenu par une frange influente du secteur privé. Une hypothèse qui, si elle se confirme, ferait craindre une manipulation profonde du processus électoral en gestation.
Appel à l’action et propositions concrètes
Dans sa note, le RHAJAC appelle les autres membres du CPT — Edgard Leblanc Fils, Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire — ainsi que les observateurs Régine Abraham et Frinel Joseph, à prendre des mesures immédiates. Il demande l’écartement des trois conseillers incriminés et la révocation pure et simple du Premier ministre Fils-Aimé pour « incompétence grave et complicité avec des groupes criminels ».
Le réseau plaide également pour un réajustement du fonctionnement institutionnel : abaisser le quorum à trois votes pour les décisions du CPT, afin de contourner le sabotage interne, et permettre une gouvernance réactive face aux urgences sécuritaires et politiques.
Enfin, il enjoint au directeur général de la Police nationale d’Haïti, Normil Rameau, de retirer la sécurité d’État aux personnalités mises en cause, soulignant la gravité des accusations de corruption et d’entrave à la bonne marche des institutions.
Un avertissement pour la transition démocratique
La déclaration du RHAJAC, bien qu’explosive, reflète un climat de plus en plus tendu autour du Conseil présidentiel, chargé d’assurer la transition démocratique dans un pays ravagé par la violence, la défiance populaire et les luttes de pouvoir. Si les accusations portées sont lourdes, elles mettent en lumière les fragilités persistantes d’un État en reconstruction et la nécessité d’une transparence absolue dans la gestion de la transition.
Alors que la population haïtienne aspire à la paix et à des élections crédibles, le système politique semble encore piégé dans des logiques d’intérêts et de conflits souterrains.
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