Selon le journaliste d’investigation Djovany Michel, la réinstallation d’un contrebandier notoire à la tête de la douane de Malpasse illustre la mainmise du crime organisé sur les institutions publiques, dans le silence complice du pouvoir
Un nouveau scandale secoue l’administration haïtienne.
Ce lundi, le journaliste d’investigation Djovany Michel, connu pour ses révélations sur la corruption au sein des institutions publiques, a dénoncé dans un message publié sur le réseau social X (anciennement Twitter) la réinstallation de Gasner Fortuné, un contrebandier notoire, à la tête de la douane de Malpasse.
Selon le journaliste, cette décision aurait été prise sous la pression d’Édouard Baussan et d’Alix Didier Fils-Aimé, deux personnalités influentes proches de cercles économiques et politiques puissants.
Une nomination qui, pour plusieurs observateurs, fragilise encore davantage une institution déjà gangrenée par les trafics et les complicités internes.
Une zone sous contrôle des groupes armés
La douane de Malpasse, l’un des points frontaliers les plus sensibles du pays, était déjà tombée en mars 2025 sous l’influence de groupes armés après l’attaque violente d’un convoi de douaniers.
Depuis, la zone est considérée comme un no man’s land où le commerce légal et illégal s’entremêle, souvent dans le silence complice des autorités.
Cette nouvelle nomination, selon Djovany Michel, revient à offrir officiellement le contrôle du poste frontalier aux réseaux criminels qui y opèrent depuis des mois.
« Avec cette imposition, les narcotrafiquants ne cherchent plus à infiltrer l’appareil douanier : ils se taillent une autoroute légale et ouverte pour leurs trafics », écrit le journaliste dans son tweet publié ce lundi 6 octobre.
L’indignation des agents et le silence du gouvernement
Du côté des agents des Douanes, la nouvelle passe mal. Plusieurs d’entre eux, contactés sous anonymat, parlent d’un “sentiment d’abandon total”.
« Comment peut-on confier un poste aussi stratégique à quelqu’un dont le nom revient sans cesse dans des dossiers de contrebande ? », S’indigne un inspecteur basé à Belladère.
Pour l’heure, aucune réaction officielle n’a été enregistrée ni du ministère de l’Économie et des Finances, ni de la direction générale des Douanes.
Un symbole du mal systémique
L’affaire dépasse le simple cadre d’une nomination administrative.
Elle illustre, une fois de plus, le délitement de l’État et la perte de contrôle sur ses points frontaliers, alors même que le pays traverse une crise sécuritaire sans précédent.
La frontière de Malpasse, porte d’entrée majeure entre Haïti et la République dominicaine, devient ainsi un point névralgique pour les trafics d’armes, de carburant, de stupéfiants et même d’organes humains — un phénomène que le Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC), dirigé par Djovany Michel, dénonce depuis plusieurs mois.
Entre courage et risque
En publiant cette information, Djovany Michel s’expose, une fois de plus, aux pressions et aux menaces de ceux qu’il dérange.
Ses enquêtes, souvent ciblées sur les liens entre pouvoir, affaires et crime organisé, lui valent autant de respect que d’hostilité.
Mais, comme il le répète souvent, « le silence face à la corruption est une forme de complicité ».
À Malpasse, comme dans d’autres points stratégiques du pays, la lutte contre la corruption semble désormais relever davantage du courage individuel que de la volonté institutionnelle.
Et pendant que les réseaux criminels consolident leur mainmise sur les ressources nationales, l’État, lui, se tait.



