9 juillet 2026 – Les images venues de Kenscoff sont celles d’un territoire en guerre. Des maisons réduites en cendres, des familles contraintes de fuir sous les balles, des morts, des blessés, des disparus. Une tragédie qui n’a pourtant rien d’une surprise. Depuis plusieurs jours, les groupes armés annonçaient ouvertement leur intention d’étendre leur emprise sur cette commune stratégique. Ils l’avaient promis. Ils l’ont fait.
Face à cette offensive annoncée, une question revient avec insistance : où était la Police nationale d’Haïti ?
Le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, est aujourd’hui confronté à l’une des plus sévères remises en question de son commandement. Malgré les ressources humaines, les équipements et les moyens financiers mobilisés au profit de l’institution ces derniers mois, les résultats tardent à convaincre. Pour de nombreux observateurs, les discours rassurants ne suffisent plus lorsque les groupes armés continuent de gagner du terrain.
Le chef de gang Didy, connu sous le nom d’Izo, n’a pas caché ses ambitions. Dans une déclaration largement relayée, il affirmait qu’aucun territoire ne lui résisterait s’il décidait de s’en emparer, évoquant notamment Fermathe. Quelques jours plus tard, les attaques contre Kenscoff se multipliaient. Entre le lundi 6 et le jeudi 9 juillet 2026, plusieurs localités ont été frappées, des habitations incendiées et des habitants forcés de fuir.
Cette succession d’événements nourrit un sentiment d’impuissance au sein de la population. Les alertes existaient. Les renseignements faisaient état d’une attaque imminente. Des appels à un renforcement préventif avaient été lancés. Pourtant, selon plusieurs témoignages, les premières réponses significatives des forces de sécurité sont intervenues plusieurs heures après le début des assauts.
Sur le terrain, les groupes armés démontrent une organisation qui inquiète. Ils attaquent avant l’aube, profitent du relief montagneux de Kenscoff, frappent simultanément sur plusieurs axes afin de disperser les forces de l’ordre et compliquer toute riposte coordonnée. Une stratégie qui semble être étudiée et adaptée aux faiblesses opérationnelles des unités déployées.
Pendant ce temps, les policiers engagés sur le front dénoncent régulièrement un manque d’équipements spécialisés, de moyens de mobilité adaptés au terrain et d’appui logistique. Beaucoup estiment qu’ils sont envoyés dans des zones particulièrement difficiles sans disposer de tous les outils nécessaires pour affronter des groupes lourdement armés.
Ces nouveaux revers alimentent les critiques contre la direction générale de la PNH. Ses détracteurs lui reprochent un déficit de vision stratégique, une réaction souvent tardive face aux menaces annoncées et une incapacité à reprendre durablement le contrôle des territoires perdus. Chaque nouvelle attaque semble renforcer davantage l’assurance des groupes criminels.
Depuis plusieurs années, de nombreux spécialistes de la sécurité estiment que ces organisations ne fonctionnent pas seules. Ils évoquent l’existence de réseaux de soutien, de circuits d’approvisionnement en armes et de complicités financières ou politiques qui permettent aux gangs de maintenir leur puissance. Plusieurs voix réclament des enquêtes approfondies afin d’identifier les personnes ou intérêts qui pourraient contribuer à leur fonctionnement. À ce jour, ces allégations n’ont toutefois pas été établies par des décisions de justice.
Dans les quartiers attaqués, les habitants, eux, ne débattent plus de stratégie. Ils enterrent leurs proches, abandonnent leurs maisons et cherchent refuge ailleurs. Beaucoup disent avoir le sentiment d’être livrés à eux-mêmes, tandis que l’État semble toujours arriver après les attaques plutôt que de les empêcher.
L’ampleur de la crise sécuritaire pose désormais une question fondamentale : comment des groupes armés peuvent-ils annoncer publiquement leurs offensives, exécuter leurs plans presque à la lettre et continuer d’étendre leur contrôle malgré les dispositifs de sécurité annoncés par les autorités ?
Pour une population épuisée par la violence, les promesses ne suffisent plus. Elle attend désormais des résultats concrets, une stratégie cohérente et une réponse capable de restaurer l’autorité de l’État sur un territoire qui, jour après jour, semble échapper davantage au contrôle des institutions.



