Alors que le rapport du BINUH critique sévèrement le commissaire du gouvernement Jean Ernest Muscadin, des observateurs dénoncent une manœuvre de diversion destinée à faire oublier les accusations de trafic de stupéfiants et de trafic d’organes visant l’homme d’affaires Andy Apaid. Un silence troublant des institutions qui questionne la crédibilité du système judiciaire haïtien.
Port-au-Prince, 13 novembre 2025 —
Depuis la parution du dernier rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), les réactions se multiplient autour du commissaire du gouvernement des Nippes, Jean Ernest Muscadin. Le document évoque des “violations présumées des droits humains” et critique la rigueur de certaines interventions menées par le magistrat.
Mais derrière cette tempête médiatique, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une opération de diversion orchestrée par des milieux d’affaires puissants et leurs relais politiques.
“Le rapport du BINUH semble opportunément tomber à un moment où des dossiers explosifs menaçant des intérêts majeurs commençaient à émerger”, confie sous anonymat un journaliste d’investigation basé à Port-au-Prince. “On détourne l’attention publique de la véritable question : celle des réseaux économiques et mafieux qui prospèrent en toute impunité.”
Le dossier Apaid : une ombre persistante
Ces dernières semaines, plusieurs organisations citoyennes, dont le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), ont interpellé les autorités judiciaires sur des soupçons de trafic d’influence, de drogue et d’activités illicites liées à certains acteurs du secteur privé, dont le nom d’Andy Apaid revient de façon récurrente.
Des témoins évoquent l’existence de sites d’exploitation industrielle ayant servi à des opérations suspectes, tandis que des parents d’étudiants disparus demandent que la justice enquête sans complaisance.
Pourtant, malgré les appels à la transparence, aucune poursuite majeure n’a été ouverte jusqu’ici contre les figures citées dans ces accusations. Une situation qui, selon plusieurs juristes, témoigne du poids de l’influence économique sur le système judiciaire haïtien.
Muscadin, un symbole de la justice parallèle ?
Le commissaire Muscadin, connu pour ses positions fermes contre les gangs et le trafic de stupéfiants, est à nouveau au centre d’une polémique. Ses méthodes sont jugées expéditives par certains, héroïques par d’autres. Mais une question traverse les débats :
pourquoi le BINUH concentre-t-il autant d’attention sur un magistrat local, alors que des affaires de grande ampleur, touchant directement des élites économiques, semblent reléguées au second plan ?
“C’est une manœuvre classique : on expose un visage connu du système judiciaire pour détourner la colère populaire des véritables responsables”, estime un ancien membre du Parquet du Sud, qui appelle à “une justice égale pour tous, qu’il s’agisse d’un commissaire ou d’un grand entrepreneur”.
Silence des autorités et attente de vérité
Alors que la population haïtienne vit dans un climat d’insécurité et de méfiance généralisée, le silence des institutions sur certains dossiers sensibles alimente la colère. Beaucoup voient dans cette sélectivité judiciaire une forme de complicité tacite.
La justice à l’épreuve du pouvoir
Entre le rapport du BINUH, les polémiques autour de Muscadin et le silence sur les affaires économiques sensibles, Haïti semble piégée dans un système où la justice devient un instrument politique.
La population, elle, attend toujours des actes concrets, non pas des rapports ou des sanctions symboliques, mais de vraies enquêtes, transparentes et courageuses, capables de restaurer la confiance dans les institutions.



