Par [Amoureux de la sagesse]
Haïti vit depuis des décennies dans une sorte de pièce de théâtre tragique. Une succession de scènes sans fin où les acteurs changent, mais le scénario reste le même : promesses creuses, justice absente, institutions dysfonctionnelles. Le peuple observe, souffre, endure. Et la question revient, lancinante : quand allons-nous sortir de cette illusion pour enfin entrer dans la réalité ?
Justice-spectacle : l’impunité comme norme
Me Monferrier Dorval, éminent juriste et bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, a été assassiné en août 2020. Cinq ans plus tard, ses assassins courent toujours. L’enquête piétine, engloutie dans les méandres d’un système judiciaire paralysé, politisé, déconnecté de sa mission première : rendre justice.
Même constat pour l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, exécuté chez lui, dans sa chambre, en juillet 2021. Là encore, le silence de la justice est assourdissant. Des noms circulent, des arrestations sporadiques sont annoncées, mais l’essentiel manque : la vérité, la justice, la responsabilité.
Ces deux meurtres emblématiques sont le miroir d’une réalité plus vaste : celle d’un pays rongé par l’impunité, où la justice se donne en spectacle, sans jamais livrer de conclusion.
Massacres sans justice, bourreaux sans nom
De La Saline à Bel-Air, en passant par Cité Soleil ou Carrefour-Feuilles, des dizaines de massacres ont été documentés, souvent avec la complicité ou l’inaction de l’État. Hommes d’affaires, politiciens, figures influentes : tous sont soupçonnés d’implication, sans qu’aucun ne soit véritablement inquiété. L’impunité est devenue une forme de pouvoir. Et les victimes ? Elles s’accumulent, dans l’oubli, dans la douleur, sans réparation.
Une éducation morcelée, erratique, théâtrale
L’école en Haïti ne fonctionne plus comme une institution structurée, mais comme un feuilleton à épisodes. Une rentrée scolaire incertaine, des grèves récurrentes, une précarité extrême des enseignants, des élèves souvent livrés à eux-mêmes. L’éducation, pilier de toute société, est aujourd’hui une illusion, un théâtre désorganisé où l’on feint de transmettre le savoir, sans en avoir les moyens.
Le Conseil Présidentiel de Transition : promesse ou farce politique ?
Créé dans l’espoir de stabiliser la transition politique, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) peine à convaincre. Miné par les luttes internes, les soupçons de corruption et les ambitions personnelles, le CPT semble plus préoccupé par ses propres intérêts que par ceux du peuple haïtien. Un théâtre politique de plus, où les dialogues ne sont que des monologues travestis.
La santé en ruines
Les plus grands hôpitaux publics du pays — comme l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti — sont partiellement ou totalement fermés. Manque de personnel, de matériel, d’électricité, de médicaments… La santé publique est un champ de ruines. Les autorités font comme si tout allait bien, pendant que des milliers de citoyens meurent faute de soins, dans l’indifférence générale.
Gouverner pour soi, pas pour le peuple
Ce qui se dégage de ce tableau, c’est une profonde rupture entre les dirigeants et la population. Un État capturé par une élite politique et économique qui gouverne pour elle-même, au mépris du bien commun. Pendant que le peuple crie famine, les responsables s’enferment dans leurs privilèges, coupés de la réalité quotidienne.
Alors, quand allons-nous sortir de cette illusion ?
Ce n’est pas seulement une question politique. C’est une question existentielle. Tant que le pays continuera de fonctionner dans le mensonge, dans le déni, dans le simulacre, aucune avancée réelle ne sera possible. Il est temps de briser le miroir, de sortir du théâtre et d’affronter, ensemble, la réalité. Avec lucidité, courage et responsabilité.
Parce qu’Haïti mérite mieux qu’un éternel décor de carton-pâte.



